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Critiques / Théâtre

Le Déni d’Anna d’Isabelle Jeanbrau

par Gilles Costaz

Une équipe hilarante et bousculante

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Isabelle Jeanbrau est un auteur-metteur en scène qui casse les baraques et ne traite pas ses thèmes avec des pincettes. Elle bâtit pourtant sa comédie sur les choses les moins drôles qui soient et y va carrément, à la hache, sans détour, sans prudence. Au premier acte, la famille mange avec le meilleur appétit pendant que la mère, Anna, meurt d’un cancer dans la pièce d’à côté. Au second acte, vingt ans plus tard, presque tout le groupe est dans le « déni d’Anna », à commencer par le mari remarié et la mère qui s’est bien accomodée de la porte de sa fille. Mais les enfants se souviennent tout à coup de la disparue et cela justifiera un dernier acte, dans un cimetière, face auquel le pubic rira autant qu’au cours des actes précédents.
Comment Isabelle Jeanbrau et son équipe peuvent-elle déclencher une telle hilarité autour de sujets largement tabous et ignorer la vulgarité tout en dépeignant à grands traits une famille hautement franchouillarde ? C’est que, tel un peintre fauve, l’auteure n’a pas peur des couleurs et, surtout, fait reposer ses tableaux de la France moyenne sur une vérité psychologique terrible et drôle : tous ces braves gens ne pensent qu’à eux, croient que les autres pensent comme eux et mènent leur vie en se croyant les personnes le plus altruistes du monde. Quand parviendront-ils à éprouver un minimum d’émotion véritable ? Réponse à la dernière seconde !
Tandis qu’une musique électrique et nerveuse s’élabore en direct, Benjamin Egner, Karine Huguenin (en alternance avec Sandra Parra), Matthias Guallarano, Thibaut Wacksmann et Cécile Magnet ruent des quatre fers et composent des personnages très typés. Parfois, leur niveau sonore est trop fort (cela change de ces spectacles où il faut tendre l’oreille ou accepter que les voix soient amplifiées). Mais chacun y va à la diable. Cela suscite un rire diabolique. Ne serait-on pas en présence d’une équipe qui, telle un Splendid du XXIe siècle, donne un nouvel éclat à la comédie populaire en bousculant les codes du genre comique ?

Le Déni d’Anna d’Isabelle Jeanbrau, mise en scène de l’auteur, lumière de Julien Ménard, musique de Daniel Jea, avec Benjamin Egner, Karine Huguenin ou Sandra Parra, Matthias Guallarano, Thibaut Wacksmann et Cécile Magnet, et les musiciens au plateau : Daniel Jea (guitare), France Cartiny ou Bertrand Noël ou Maxime Aubry (batterie).

Lucernaire, 21 h, tél. : 01 45 44 57 34. (Durée : 1 h 45).

Photo DR.

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