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Le Crocodile d’après Dostoïevski

par Gilles Costaz

Fable politique

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Ce n’est pas très prudent, à Saint-Pétersbourg, en 1865, d’aller voir le premier crocodile jamais exposé dans cette ville. Un fonctionnaire a le malheur de se faire avaler par le saurien ! Il n’en meurt pas, puisqu’il reste bien au chaud dans le ventre de l’animal. Mais le libérer devient une affaire complexe et impossible. Le crocodile, en effet, représente beaucoup d’argent ; c’est une valeur qui rapporte. On ne peut pas le sacrifier. Hommes d’affaires et amis s’interrogent et se disputent autour de l’animal, tandis que le prisonnier ne se trouve pas si mal dans ces entrailles. Il n’en sortira sans doute pas…
Léo Cohen-Paperman et Lazare Herson-Macarel ont débusqué, dans l’œuvre de Dostoïevski , une nouvelle dont l’inspiration n’est pas celle que l’on connaît. Pas de grand vertige métaphysique mais plutôt un goût du jeu satirique, aux limites de l’absurde, comme tant d’auteurs de l’Est en eurent le secret bien avant Ionesco. Le texte raille le capitalisme naissant et triomphant. Le spectacle en amplifie la drôlerie en prenant beaucoup de liberté avec le scénario et en mettant en place une société tzariste guindée mais agitée, affolée mais imperturbable. La mise en scène de Léo Cohen-Paperman rythme avec sûreté cette bouffonnerie grave et politique : tout se déroule autour de l’homme emprisonné dans la carcasse du crocodile (celle-ci étant représentée de façon symbolique et non réaliste) ! Les interprètes, Emilien Diard Detoeuf, Morgane Nairaud, Clovis Fouin, Jean-Michel Guérin et Lazare Herson-Macarel, pratiquent un jeu précis, sec, froid et comique. C’est une curiosité, mais très bien transposée et fort plaisante.

Le Crocodile d’après une nouvelle de Dostoïevski, adaptation de Léo Cohen-Paperman et Lazare Herson-Macarel, mise en scène de Léo Cohen-Paperman, scénographie de Jean-Baptiste Bellon, lumières de Grégoire Delafond, costumes de Tomoyo Funabashi, avec Emilien Diard Detoeuf, Clovis Fouin, Jean-Michel Guérin, Lazare Herson-Macarel, Morgane Nairaud.

Caserne des pompiers, 15 h, tél. : 04 90 84 11 52, jusqu’au 22 juillet.

Photo Tomoyo Funabashi.

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