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Critiques / Théâtre

Le Cri de la pomme de terre du Connecticut

par Gilles Costaz

Le plus menteur et le meilleur des baroudeurs

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Patrick Robine entre en scène en kimono blanc comme s’il s’était par erreur costumé en acteur japonais. D’ailleurs, il ne tardera pas à enlever sa tunique du Soleil Levant pour rester dans les couleurs blanche et crème d’un homme qui se sent en représentation mais semble ne pas vouloir s’attarder sur la scène. D’ailleurs la mise en scène discrète et affectueuse de Jean-Michel Ribes lui permet d’aller et venir, de disparaître derrière les rideaux noirs du cadre de scène et de revenir, presque distraitement, vers le bonsaï dressé devant le mur du fond. Cet homme est un baroudeur, comme il y en a dans les films et dans les romans : il vous raconte des voyages dont on n’est jamais sûr qu’ils ont véritablement eu lieu. Avec Robine il est même certain qu’il sont imaginaires tant ils mettent le monde et la logique à l’envers. Mais l’on sent bien que, derrière ces faux périples au bord de lacs, à cheval sur un élan ou dans les profondeurs de la terre, il y a quelqu’un qui a bourlingué et qu’à partir d’un amour cosmopolite de la planète il compose des paysages absurdes pour faire rêver et rire ceux que la vie a placés au triste premier degré des choses.
Il nous assure qu’il a débuté comme « imitateur de paysages » et il imite aussitôt un lac. Si vous allez le voir, vous reconnaîtrez le lac. Robine imite la nature, les forêts, la cuisson d’un aliment comme personne. C’est un imitateur inimitable. D’ailleurs, il est le seul artiste qui transcrit la nature par le geste et les intonations vocales. Les mimes ne font pas cela. Ils n’ont pas été possédés par l’esprit du pastel charnel comme Robine, ce gestuel qui parle beaucoup. Il a des tas de choses tendres à dire sur les personnes, les groupes, les familles qu’il évoque. II a le ton d’un oncle d’Amérique qui prend ses interlocuteurs pour des enfants, car il n’est lui-même qu’un grand enfant menteur. Il veut faire du bien avec ses gestes et ses racontars à dormir debout. Ce Robine est le père Noël du surréalisme comique.

Le Cri de la pomme de terre du Connecticut de Patrick Robine, mise en scène de Jean-Michel Ribes, assistanat de Virginie Ferrère, lumière d’Anne Terrasse, son de Stéphane Chrisodoulos, accessoire d’Antoine Plischke, habillage d’Elisabeth Jacques.

Théâtre du Rond-Point, 21 h, tél. : 01 44 95 98 21, jusqu’au 30 octobre. (Durée : 1 h 05).

Photo Giovanni Cittadini Cesi.

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