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Critiques / Théâtre

Le Chien, la Nuit et le Couteau de Marius von Mayenburg

par Gilles Costaz

Fraternité du malheur

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Depuis Visage de feu, le public a appris à aimer le théâtre étrange, noir, d’une drôlerie inquiétante, de Marius von Mayenburg. Sa pièce Le Moche, fait l’objet de nombreuses mises en scène françaises et même des acteurs au physique séduisant, comme Jérôme Kircher, ont joué ce personnage d’homme marqué par la laideur. Louis Arene et son Munstrum Théâtre se sont intéressés à Le Chien, la Nuit et le Couteau dont leur nouvelle mise en scène, créée au théâtre 95 de Cergy-Pontoise et à la Panopée de Vanves, arrive à présent à Strasbourg. Dans la nuit, le personnage principal, un quasi anonyme revenant à pied d’une réunion d’amis, ne rencontre pas tout de suite le chien dont il est question dans le titre. C’est plutôt quelqu’un qui cherche son chien qu’il croise sur un trottoir. Il est sympathique, l’inconnu sans chien, jusqu’à ce qu’il sorte un couteau. Le reste de la nuit va être hallucinant, avec une arrivée dans un hôpital où les médecins soignent les malades avec de curieux principes. L’homme erre d’un service à un autre, d’un domicile à un autre, éprouve quelque émotion pour une femme, rencontre enfin le chien. Il manque sans cesse d’être tué. S’il se mettait à tuer à son tour ?
Louis Arene, qu’on connaît comme acteur à la Comédie-Française mais moins comme metteur en scène à l’intérieur de sa propre compagnie, a le sens du climat et de l’espace. La pièce se déroule sur un passage étroit qui mène à deux lieux assez mystérieux où des lumières et des transparences révèlent en partie des événements complémentaires. Les personnages portent tous des masques qui épousent la forme de la tête, voilent le visage et le crâne ; cela provoque une ressemblance et même une gémellité entre eux. Ce sont des êtres humains comme gommés par la dureté de la vie et obligés de se dissimuler pour exister derrière leur allure spectacle : des frères dans le malheur et dans la cruauté. Lionel Lingelser, François Praud et Victoire du Bois sont saisissants, qu’ils n’aient qu’un rôle plein à jouer ou qu’ils se fractionnent en plusieurs rôles. Ce qui est particulièrement réussi dans la mise en scène de Louis Arene, c’est la capacité à faire naître le rire dans cette nuit cauchemardesque. Rares sont les artistes du fantastique qui atteignent ce deuxième degré à la moquerie secrète.

Le Chien, la Nuit et le Couteau de Marius von Mayenburg, traduction d’Hélène Mauler et René Zahnd, dramaturgie Kevin Keiss, création sonore de Jean Thévenin, création lumières de François Menou, création costumes de Karelle Durand, scénographie de Louis Arene et Amélie Kiritzé-Topor, masques de Louis Arene, avec Lionel Lingelser, François Praud, Victoire du Bois.

TAPS Laiterie, Strasbourg, tél. : 03 88 34 10 36, 31 janvier-3 février. (Durée : 1 h 45).

Photo DR.

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