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Critiques / Théâtre

Le Chemin des dames de Bruno Jarrosson

par Gilles Costaz

Les bouchers de la chair à canon

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6 avril 1917. Dans une maison campagnarde isolée et mal chauffée, le président de la République, Raymond Poincaré, le président du Conseil, Alexandre Ribot, et le ministre des Armées, Paul Painlevé, donnent rendez-vous aux plus hautes autorités militaires pour décider des opérations à mener. Car les troupes françaises sont cesse vaincues par les troupes allemandes, le nombre des victimes est apocalyptique. Faut-il relancer l’offensive à l’Est par le « chemin des dames », à proximité de Laon ? Parmi les généraux, deux thèses s’opposent : celles du chef des armées, le général Nivelle, partisan de l’attaque dans ce secteur et certain d’une victoire foudroyante, et celle du général Pétain, pour qui le choix de ce plateau et l’ignorance de la supériorité technique de l’ennemi mèneront à la catastrophe. Le point de vue de Nivelle, susceptible et fort en gueule, l’emporte. Poincaré lui donne raison. Et la boucherie repartira de plus belle.
C’est du théâtre bien fait, au dialogue lapidaire, aux querelles efficaces, qui sent l’odeur du ceinturon et des bottes astiquées. Mais, à trop vouloir intégrer de l’humour sans renoncer au réalisme, l’auteur, Bruno Jarrosson, désamorce sa bombe. D’ailleurs a-t-il raison de présenter Pétain comme le plus lucide des généraux en 1917 ? Selon certains historiens, ce serait Pétain lui-même qui aurait créé sa légende après guerre. Nivelle n’a pas été pire que les autres : tous les généraux n’ont eu que faire de la vie des hommes et, grands bouchers de la chair à canon, ils auraient pu porter comme médaille le chiffre des centaines de milliers de morts dont ils sont responsables. Et l’on a du mal à croire, tout au long de la pièce, que le président du Conseil, Alexandre Ribot, ne fit ce jour-là que des plaisanteries de garçon de bain. Yves Carlevaris, qui a fait une mise en scène très honorable, cherche malheureusement à en rajouter dans la drôlerie en jouant lui-même un général comme autrefois Dufilho jouait au cabaret.
Satire ou histoire, histoire ou satire, il faut choisir. C’est le problème de ce spectacle qui ne choisit pas mais tient par la force de son sujet et le jeu de la plupart de ses comédiens qui ont de l’allant, du nerf et du muscle : Bruno Chapelle, Alain Pochet, Didier Vinson, Philippe Pierrard, Jérôme Keen (qui compose un très bon Pétain et sera, en décembre, remplacé par Ivan Morane).

Le Chemin des dames de Bruno Jarrosson, mise en scène d’Yves Carlevaris, avec Bruno Chapelle, Didier Vinson, Philippe Pierrard, Jérôme Keen (en alternance avec Ivan Morane), Alain Pochet.

Théâtre Essaïon, 19 h 30 le mardi, 21 h 30 les vendredi et samedi, tél. : 01 42 78 46 42, jusqu’au 27 janvier. (Durée : 1 h 25).

Photo DR.

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