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Critiques / Théâtre

Le Chant du cygne, L’Ours de A. Tchekhov

par Jean Chollet

Entre humour et émotion.

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Ces deux pièces savoureuses en un acte, écrites par l’auteur de ” La Cerisaie” dans les années 1887 - 1888, sont associées aujourd’hui dans un diptyque par la jeune comédienne et metteuse en scène Maëlle Poésy.

“Le Chant du Cygne“, issu d’une nouvelle, “ Calchas”, publiée en 1886 dans le Journal de Petersbourg, s’ouvre sur le soliloque d’un acteur comique âgé de 58 ans, (68 dans le texte original) Vassili Vassiliévitch Svetlovidov (Gilles David), qui, imbibé d’alcool, s’endort, angoissé par la nuit et par sa solitude après une représentation. Réveillé par des bruits sourds, il ne reconnaît pas immédiatement Nikita Ivanych (Christophe Montenez), le souffleur du théâtre, qui, sans abri, dort en catimini dans les locaux annexes. Cette rencontre permet au comédien de livrer ses souvenirs et sa trajectoire de vie sans complaisance, mais surtout d’évoquer son statut d’artiste interprète et ses regrets, dans ses rapports avec la réalité de la scène et sa relation au public. Tour à tour cocasse ou inspiré, lorsqu’il récite de extraits de pièces de Shakespeare, Pouchkine ou Griboïedov, avec Nikita pour lui donner la réplique, il lève le rideau sur l’exercice de sa pratique et par là même sur le théâtre tout entier.

Dans “ L’Ours ” une jeune veuve en grand deuil, Elena Ivanovna Popova (Julie Sicard), dont la solitude volontaire s’accompagne de la seule présence de son vieux valet Louka (Gilles David), reçoit la visite inopportune de Grigory Stépanovitch Smirnov (Benjamin Lavernhe), jeune propriétaire terrien venu exiger le remboursement d’une dette contractée par le mari d’Eléna, Nicolas. La tension entre les deux défendant leurs points de vue, monte jusqu’aux menaces de mort. Mais, malgré un saisissant constat daté du statut de la femme, la comédie s’achève par un coup de théâtre improbable qui réunit les deux antagonistes, pour rompre avec la nostalgie du passé.

Ces deux opus tragi-comiques, qui témoignent de l’humour de l’auteur et de sa capacité à faire naître l’émotion sous les mots, ont été localisés dans le même espace scénique conçu par Hélène Jourdan. Une cuisine, qui dans le premier semble être un décor du théâtre abandonné après la représentation, et pour le second un havre de retranchement pour une veuve fuyant les mondanités. Sous les lumières de Jérémie Papin, cette scénographie fonctionnelle offre par ses aspects incongrus des décalages temporels et comiques. Dans ce cadre, la mise en scène de Maëlle Poésy, semble judicieusement s’inspirer de la définition formulée par Tchékhov au regard de la représentation de ses œuvres. “ Ni naturalisme, ni réalisme. Il faut laisser la vie telle qu’elle est, et les gens tels qu’ils sont, vrais et non boursouflés.” C’est ce qui domine dans cette création réussie, malgré quelques manques de nuances, qui bénéficie des bonnes interprétations des quatre comédiens.

Photos © Simon Gosselin (C.-F.)

Le Chant du cygne et L’Ours de Anton Tchekhov, texte français Georges Perros et Génia Cannac, mise en scène Maëlle Poésy, avec Julie Sicard, Gilles David, Benjamin Lavernhe, Christophe Montenez. Scénographie et costumes Hélène Jourdan, lumières Jérémie Papin, son Samuel Favart – Mikcha. Durée : 1 heure. Studio – Théâtre de la Comédie – Française jusqu’au 28 février 2016.

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