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Critiques / Opéra & Classique

"Le Chant de la Terre" à l’Opéra de Paris

par Yves Bourgade

John Neumeier inspiré à nouveau par Mahler

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Le chorégraphe américain John Neumeier, 72 ans, collabore régulièrement depuis 1982 avec le Ballet de l’Opéra de Paris, mais sa dernière pièce Le chant de la terre sur la musique de Gustav Mahler, créée le 24 février 2015 au Palais Garnier, est seulement la troisième conçue spécialement pour la compagnie française, après Magnificat en 1987 et Sylvia en 1997.

Ce qui n’empêche pas le Ballet de l’Opéra de s’être aussi familiarisé au fil des ans avec l’humanisme et le riche imaginaire poétique de ce créateur, lors d’entrées au répertoire de certaines de ses chorégraphies aussi différentes que Le songe d’une nuit d’été en 1982, La dame aux camélias en 2006 et La troisième symphonie de Gustav Mahler en 2009.

Le point d’ancrage de John Neumeier est depuis 1973 le Ballet d’Opéra de Hambourg dont il est le directeur et chorégraphe. Cependant il reconnaît avoir maintenant « une longue histoire avec l’Opéra de Paris dont la compagnie est de plus en flexible, ouverte à tous les styles ».

S’il a proposé à l’Opéra de Paris ce Chant de la terre, d’en traduire chorégraphiquement les émotions et les mystères, c’est que l’univers du viennois Mahler lui est particulièrement familier depuis 1974. Il a mis en scène presque toutes ses symphonies ainsi que ses Rückert lieder et le cycle du Knaben Wünderhorn. Les exégètes de John Neumeier voient dans sa rencontre avec Mahler « un exemple d’osmose » qui a encore très peu existé dans le monde de la danse où l’on ne trouve guère de traitement de la forme symphonique dans son essence. En outre la variété des expressions corporelles, telles que les conçoit John Neumeier, se trouve en accord avec la façon qu’a Mahler de mêler thèmes et rythmes familiers en les incorporant dans une forme contraignante.

Le chorégraphe a étudié la structure de la musique du compositeur, sans chercher à l’illustrer mais en s’efforçant de montrer son point de vue, plus onirique que réaliste, au travers d’une multiplicité de styles de danse.

Avec Le chant de la terre qu’il baptise « poème dansé », il se trouve confronter à des lieder symphoniques sur des poèmes chinois du VIIIème siècle traduits en allemand et chantés alternativement par un ténor et un baryton, accompagnés par un grand orchestre. Les six chants retenus par Mahler expriment la finitude de la vie, le rythme des saisons, l’amitié, la beauté des jeunes filles et de la nature. Le compositeur a écrit ce Chant de la terre, créé en 1911 après sa mort, alors qu’il était sous le coup du décès de sa fille aînée et que lui-même était contraint au repos suite à des problèmes cardiaques.

Le chorégraphe tente, dans son nouveau ballet, alternance de lyrisme et de violence, de pas de deux (d’abord deux hommes puis des couples homme et femme) et d’ensembles, d’être en accord avec l’émotion exprimée à la fois par la partition et les textes des poèmes extrême-orientaux dont il est familier. La principale danseuse de la pièce qui apparaît et disparaît, qu’interprète notamment l’étoile Laetitia Pujol, peut être vue comme la fille de Mahler.

John Neumeier a signé également la scénographie de ce Chant de la terre. Elle est réduite à un plan incliné rectangulaire au sol surmonté par une pleine lune souvent argentée, plan incliné qui se reflète dans un miroir suspendu dans les cintres. Les costumes, aussi de John Neumeier, sont stylisés, les femmes portant de longues tuniques ou des robes fendues à la mode asiatique, les hommes des pantalons moulants, des maillots ou des gilets sans manche. Des vêtements qui contribuent efficacement à la fluidité de la danse.

Le chant de la terre de John Neumeier - Ballet de l’Opéra de Paris, (1H25)

-Palais Garnier : 26, 27, 28 février, du 2 au 6 mars et du 9 au 12 mars à 19H30. -Places de 10 à 130 euros

Photos ©Ann Ray

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