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Le Cas de la famille Coleman de Claudio Tolcachir

par Corinne Denailles

Naufrage burlesque

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Chez les Coleman ça déménage en permanence, pas une minute de repos, vertige assuré. On met un certain temps à identifier les membres de cette famille complètement déjantée tant ils sont atypiques. Comment admettre que Néné, qui traîne en chaussettes trouées dans son pull trop grand pour elle (Guillemette Barioz), est la mère de quatre enfants déjà adultes alors qu’elle semble plutôt être leur fille, passablement nunuche. Il y a Gabriela la couturière (Fanny Aubin) qui fricote avec son paresseux de frère, Veronika qui a quitté le naufrage annoncé pour une vie bourgeoise qui lui pose quelques problèmes de conscience et l’incroyable Mario, dit simple d’esprit qui dort avec sa mère, dit tout ce qui lui passe par la tête, traite ses neveux de nains et appelle son beau-frère le chauve, prédit des catastrophes, essaie de tuer sa soeur, supplie la grand-mère (touchante Sylvie Feit), dont il annonce la mort, de ne pas donner ses organes car il en aura besoin. Ludion virevoltant incontrôlable remarquablement interprété par Arnaud Dupont. La tribu délabrée vit dans un appartement à son image, un désastre de désordre et de saleté. A moins que ce ne soit le contraire, la précarité peut rendre fou. ça se chamaille, ça crie, ça se saute dessus toutes les quatre secondes mais ça rit aussi beaucoup. Dans une ambiance perpétuellement hystérique, on sent bien qu’ils n’en peuvent plus et manquent d’air mais si le bateau tangue, il ne chavire pas jusqu’à ce que la grand-mère tombe malade. Prise en charge par Veronika (épatante Elise Noiraud), la soeur qui s’en est sortie, la voilà hospitalisée et toute la smala de débarquer pour lui rendre visite et accessoirement prendre une douche car on leur a coupé le gaz. Quand la grand-mère meurt, la tribu, qui paraissait soudée malgré les intempéries, se disperse aux quatre vents laissant seul Mario en compagnie de ses fantasmes. La pièce de l’Argentin Claudio Tolcachir est une violente et acide critique sociale et politique sous le masque du rire. Il est dommage que la mise en scène de Johanna Boyé ait pris au premier degré l’exubérance des personnages, noyant la dimension critique dans un tourbillon un peu brouillon.

Le Cas de la famille Coleman de Claudio Tolcachir, mis en scène Johanna Boyé ; scénographie, Julie Benegmos et anna Crosby ; costumes, Mélisandre de Serres ; lumières, cyril Manetta ; son, Kevin Carro. Avec Fanny Aubin, Guillemette Barioz, Arnaud Dupont et Paul Jeanson en alternance, Brigitte Faure et Sylvie Feit en alternance, Kamel Isker, Elise Noiraud, Boris Ravaine, Julien Urrutia. Festival d’Avignon, au théâtre du roi René à 14h35 ? Durée : 1h25. Tél : 04 90 82 24 35.

© Stephan Avoge
Sur la photo de gauche à droite : Julien Urrutia, Arnaud Dupont, Guillemette Barioz ; au centre : Brigitte Faure.

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