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Critiques / Théâtre

Le Boeuf sur le toit

par Gilles Costaz

Hommage à Cocteau et au cabaret des années folles

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Journaliste, patron de presse, patron de théâtre, homme de radio, pianiste dans l’intimité (mais il a interprété Chopin ou un autre compositeur, c’était en un temps lointain, lors d’un Gala de la presse au cirque Bouglione), Philippe Tesson a pris ses contradictions et ses passions en main pour créer au Poche un cabaret où notes et morts font la fête et en concevoir lui-même l’un des deux programmes. Lui, c’est le Boeuf sur le toit qu’il ressuscite et qu’il anime en fin de semaine. Pour le deuxième spectacle, il a confié à Reinhardt Wagner et Jean-Jacques Beineix la charge de créer un Cabaret Picasso, qui a lieu en cours de semaine. Restons-en au Bœuf sur le toit qui est avant tout, au temps de son apogée ( en 1922 et 1923), la boîte à malices de Jean Cocteau. C’est autour de Cocteau que Tesson a centré son spectacle, invitant même une réincarnation de Jean Marais, non pas tout à fait, un jeune acteur qui existe par lui-même mais a la félinité des orphées dans les films de Cocteau, Eugène Marcuse. Celui-ci surgit à tout instant pour interrompre le propos et dire, avec une belle étrangeté, un vers, une formule de Cocteau, du genre « Puisque ces mystères nous échappent, feignons d’en être les organisateurs ». Philippe Tesson n’en est pas moins le conteur, le raconteur, le Monsieur Loyal, l’Homère du Boeuf. S’excusant de parler tant, se reprochant de trop savoir et de trop dire, jouant même au savant qui ne sait rien, se moquant élégamment de lui-même et des spectateurs, il déroule sinueusement et dans le brio des raccourcis l’histoire du cabaret de la rue Boissy d’Anglas puis découpe en tranches sa fête musicale. Place à la musique contemporaine, celle du groupe des Six, de Wiener et Doucet ! Les pianistes se déchaînent et Caroline Casadesus chante quelques mélodies avec la délicatesse des pierreuses qui ont un diamant dans la gorge. Puis vient le jazz, que chante une jazzwoman très douée, Laurence Lo Jay. Et enfin vannes ouvertes (mais trop brièvement) à la chanson populaire qu’incarne la formidable Mona Heftre, rejointe par Daphné Tesson, Caroline Casadesus et Laurence Lo Jay.
Il ne s’agit pas seulement de faire un bœuf, comme on dit en jazz. Il s’agit de faire le Boeuf avec une majuscule. Au clavier du Steinway placé dans la quadrature d’un cercle approximatif, Orlando Bass, Jean-Baptiste Doulcet et Jean-Christophe Rigaud ont vraiment l’esprit furieux des années folles. Tesson précède et suit la musique, en sachant que ses mots seront toujours bousculés par la vague allègre des partitions de Darius Milhaud. Donc ça chauffe au Poche, et cela chauffera de plus en plus. Mais qu’est-ce qui cloche, qui clocherait dans cet hommage au temps des chapeaux cloche ? Rien, ni le décorum qui rougeoie, ni les tenues qui scintillent. C’est dansant, de la tête aux pieds. Peut-être Daphné et Philippe Tesson auraient-ils pu mélanger tous les styles au final, puisqu’un cabaret a tendance à mêler les genres plus qu’à les compartimenter. Cela viendra naturellement dans les galops du Bœuf.

Le Bœuf sur le toit, les années Cocteau, cabaret littéraire det musical conçu et animé par Philippe Tesson, collaboration artistique de Daphné et StéphanieTesson, scénographie et lumières de François Loiseau, direction musicale de Daphné Tesson, costumes de Susan Huvet, avec les pianistes Orlando Bass, Jean-Baptiste Doulcet, Jean-Christophe Rigaud, Thomas Lavoine, les chanteuses Caroline Casadesus, Mona Heftre, Laurence Lo Jay, Daphné Tesson et le comédien Eugène Marcuse.

Poche-Montparnasse, les vendredis et samedis à 20h30, tél. ; 01 45 44 50 21, jusqu’au 9 juillet. (Durée : 2 h 40).

Photo Alejandro Guerrero.

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