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Critiques / Danse

Le Ballet de l’Opéra de Paris

par Yves Bourgade

Sur et autour de la scène du Palais Garnier

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La saison 2015/2016 est pour le Ballet de l’Opéra de Paris la première dont le directeur de la danse Benjamin Millepied peut revendiquer légitimement la paternité, la précédente saison ayant été, certes sous sa responsabilité, mais programmée par Brigitte Lefèvre à laquelle il a succédé officiellement à l’automne 2014.

Sans doute par un souci d’afficher d’entrée de jeu ses intentions le nouveau « patron » du Ballet ouvre-t-il cette première saison au Palais Garnier avec deux programmes dans lesquels on peut deviner certaines de ses orientations : 20 danseurs pour le XXème siècle dans les espaces publics du lieu et une affiche plus traditionnelle où voisine sur la scène du théâtre une création de Millepied lui-même et deux pièces de ses maîtres George Balanchine et Jerome Robbins.

Au vue de ces deux premiers programmes et surtout de 20 danseurs pour le XXème siècle imaginé par le chorégraphe Boris Charmatz, on constate une curiosité et intérêt du public pour cette expérience qui rapproche les interprètes des spectateurs dont on réclame une certaine mobilité et de la résistance physique. En fait l’avenir seul dira si cette entreprise est positive pour la compréhension des démarches artistiques nouvelles.

Sur quatre étages du Palais Garnier, du rez-de-chaussée avec la Rotonde des Abonnés à l’étage des premières loges, avec notamment le Salon et la Galerie du Glacier, le Grand et l’Avant-Foyer ainsi que la Loggia, en passant par le premier entresol et le Grand Escalier à hauteur de l’Orchestre , se répartissent les 20 danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris participants à la proposition de Boris Charmatz. Ce dernier a déjà tenté l’aventure avec d’autres danseurs à Rennes, au MoMA de New York, au pied du Monument aux morts soviétiques à Berlin et à la Tate Moderne à Londres.

En investissant les lieux publics de Garnier avec le programme 20 danseurs pour le XXème siècle, Benjamin Millepied souhaite faire dialoguer ballet classique et danse contemporaine « dans un espace consacré à la musique et à la danse et habituellement tourné vers la conservation et la perpétuation de leur histoire ».

Les spectateurs sont surpris d’approcher les danseurs dans des morceaux solos d’esthétiques diverses auxquelles souvent ils ne les ont pas habitués. Ils retrouvent une étoile, deux premiers danseurs, quatre sujets et découvrent coryphées et quadrilles, au total onze garçons et treize filles (il faut prévoir des remplaçants). Ils les verront dans le cas de l’étoile Benjamin Pech aussi bien interprétant des morceaux d’extraits de chorégraphies de Fokine et Nijinski que des moments de pièces de créateurs vivants Alain Buffard et Claude Brumachon. Le coryphée depuis 1992 Pascal Aubin surprendra avec un morceau de Cabaret pour lequel il danse et chante, le quadrille depuis 2009 Caroline Osmont avec du hip hop et du voguing, un autre quadrille depuis 1998 Julie Martel dans des danses de Bollywood tandis que le coryphée depuis 2011 Hugo Vigliotti improvise et également interprète des danses animalières.

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Chaque danseur de plain-pied au milieu du public présente brièvement son morceau (un micro serait bienvenu !), le spectateur étant libre de déambuler pendant une heure trente. Une façon nouvelle de faire un voyage dans le temps, de confronter les époques par le truchement d’un art éphémère mais incarné.

Retour dans la salle du Palais Garnier, pour le deuxième programme de cette rentrée. Benjamin Millepied l’ouvre avec une création mondiale de 36 minutes pour seize danseurs, huit jeunes femmes et huit jeunes hommes du Corps de ballet, Clear, Loud, Bright, Forward sur une musique originale de son compositeur fétiche l’Américain Nico Muhli. Le chorégraphe s’y révèle dans la filiation revendiquée de Robbins et Balanchine qui figurent également à l’affiche et auxquels il rend ainsi hommage. « Avec ma création, explique-t-il, j’ai essayé de développer une chorégraphie fondée sur le ballet classique tout en cherchant à l’emmener ailleurs » et il ajoute « Interpréter le ballet classique était ma profession lorsque j’étais danseur, c’est mon savoir-faire comme chorégraphe ».

Benjamin Millepied n’a pas connu Balanchine mort en 1983 . Il a rejoint à 18 ans en 1995 le New York City Ballet fondé par le chorégraphe russo-américain et a travaillé avec Robbins son successeur mort en 1998. Son nouveau ballet « à la manière de Robbins, dit-il, ne raconte pas d’histoire, à peine un argument, tout juste un prétexte pour parler des relations humaines, des sentiments ».
Benjamin Millepied ne signe pas là une composition (la quatrième pour le Ballet de l’Opéra) qui révolutionne. Il y est respectueux du vocabulaire classique et se montre soucieux de mettre en valeur la musicalité (soulignée par l’énergie de la partition), la finesse et la technique des interprètes chez lesquels on remarque un bonheur de danser communicatif.

Au répertoire rentre un quinzième ballet de Robbins ,Opus 19/The dreamer » qui date de 1979 : l’évocation élégante d’un rêve éveillé d’un jeune homme et de son contrepoint irréel, sur le 1er concerto de violon de Prokofiev.
« Thème et variations » de Balanchine (créé en 1947 et au répertoire depuis 1993) avec ses tutus et ses diadèmes, considéré comme « L’Everest du répertoire classique », « un pic à conquérir » sur la musique de Tchaïkovski, conclut le programme en apothéose. Une occasion de mettre en valeur plusieurs étoiles en alternance et espoirs de la maison, tous en grande forme pour interpréter les deux danseurs principaux, les quatre couples de solistes et le Corps de ballet.

Palais Garnier :
- « 20 danseurs pour le XXème siècle » : 30 septembre , 1, 2, 5 ,7,9 octobre 18H, 3 et 10 octobre 15H, 11 octobre 11H.Tarif unique 15 euros.
- Millepied, Robbins, Balanchine : 30 septembre, 1, 2 , 5, 7 et 9, 20H30, 4 et 10 octobre 19H30, 11 octobre 14H30. De 10 à 154 euros.

Photos : 1/Clear, Loud, Bright, Forward ©Ann-Ray ,
2/ 20 danseurs pour le XXème siècle ©Agathe Poupenay

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