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Critiques / Danse

Le Ballet de Lorraine

par Yves Bourgade

Une fidélité aux modernités

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Jean-Albert Cartier, qui vient de mourir et qui fut le fondateur en 1978 de l’ancêtre du Ballet de Lorraine (il s’appelait alors le Ballet national de Nancy et de Lorraine), devrait être satisfait de l’actuel politique artistique de la compagnie devenue Centre chorégraphique national. Du moins au vu des programmes que le Ballet de Lorraine, fort actuellement de 26 danseurs, présente à Paris jusqu’au 16 janvier dans la grande salle du Théâtre national de Chaillot et au Centre national de la danse (CND) de Pantin.

L’actuel directeur depuis 2011, le suédois Petter Jacobsson, témoigne en effet d’une forme de fidélités aux modernités avec le souci que se rencontrent les multiples visions de la danse d’aujourd’hui. Par « danse d’aujourd’hui », on entend la danse telle qu’elle vit et évolue depuis un bon siècle, depuis qu’elle a fait éclater le carcan académique sans pour autant négliger, dans certains cas, de tirer les leçons de ses aspects positifs.

L’idée est excellente de remonter, pour le premier programme donné à Chaillot, une création des Ballets suédois de Rolf de Maré, qui fit date en 1924, Relâche qui réunissait Francis Picabia pour le décor, Erik Satie pour la musique, Jean Börlin pour la chorégraphie et René Clair pour l’ Entracte cinématographique.
Le contexte des années 20 est à prendre en considération pour apprécier la nouveauté de cette création dans la foulée du mouvement surréaliste : la part faite à l’improvisation des danseurs, l’introduction d’un film complètement farfelu mais pionnier, au milieu de la représentation qui est une satire des grands spectacles de music-hall. On a été plus loin depuis, mais l’expérience de cette fantaisie mérite d’être vu.

Le premier programme du Ballet de Lorraine se voulait autant un « acte de modernité » qu’un « voyage dans le temps » de la danse, avec également à l’affiche un ballet du jeune chorégraphe français Noé Soulier, Corps de ballet . C’est une « variation de 26 minutes autour des pas de préparation de la danse académique qui servent de liaison dans le déroulement d’un ballet ». On perçoit mieux avec un tel propos sur des extraits de partitions symphoniques de Schubert et de Verdi comment les danseurs (au nombre de 17 se projettent vers le mouvement à venir qu’ils ont à faire (par exemple l’appel qui précède un saut ou le plié qui précède la pirouette).

Le premier programme (que le Ballet de Lorraine dansera en Chine au printemps 2016) s’achevait par un voyage vers New York, avec la reprise de Sounddance (1975) de l’Américain Merce Cunningham sur une musique électronique répétitive de David Tudor. Dix danseurs constamment à la limite du déséquilibre surgissent et disparaissent derrière les plis d’un lourd rideau doré, donnent à voir pendant 17 minutes un « chaos désorganisé » à l’opposé de l’ordonnance du corps de ballet classique.
Trois autres univers chorégraphiques distincts de la danse contemporaine française, sont proposés dans le deuxième programme à Chaillot (13-15 janvier), avec Mathilde Monnier (Rose-Variation), Alban Richard (Hok) et le tandem d’enfants terribles de la danse actuelle Cecilia Bengolea et François Chaignaud qui n’hésitent pas à faire chanter leurs danseurs (Devoted).

Le Ballet de Lorraine terminera son passage à Paris en investissant les différentes salles du CND de Pantin avec des stages pour débutants ou avancés et des présentations d’extraits de son répertoire, le 16 janvier de 14h à 18h30.

Le Ballet de Lorraine Théâtre national de Chaillot : deuxième programme , les 13 et 15 janvier 20h30 et 14 janvier 19h30 ; durée 2h15 ; plein tarif 35 €

Centre national de la danse de Pantin : 16 janvier de 14 à18h30 ; entrée libre : réservation conseillée pour les stages au 01 41 83 98 98 (15 €).

Photos « Sounddance » et « Relâche » ©Laurent Philippe

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