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Critiques / Danse

Le Ballet Royal de Suède

par Yves Bourgade

Une vénérable troupe réceptive à la création moderne

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En 2013, le Ballet Royal de Suède a fêté son 240ème anniversaire, ce qui en fait la quatrième plus ancienne compagnie professionnelle européenne de danse, après le Ballet de l’Opéra de Paris, le Ballet Royal du Danemark et le Ballet du Théâtre Mariinsky, de Saint-Pétersbourg.

Après plus de 40 ans d’absence, le voilà pour six représentations du 6 au 10 janvier 2015, invité de l’Opéra de Paris au Palais Garnier, avec le programme de son 240ème anniversaire qui veut témoigner de sa curiosité pour la création de son temps. A l’affiche, « Juliette et Roméo » ballet en deux actes du plus fameux chorégraphe suédois vivant, Mats Ek (né en 1945), fils de la non moins connue Birgit Cullberg (1908-1999), souvent invité comme chorégraphe par l’Opéra de Paris.

Mats Ek s’est inspiré naturellement de la pièce de Shakespeare et aime rappeler que l’une des premières versions du dramaturge anglais d’après la nouvelle de l’Italien Da Porto, s’intitule également « Juliette et Roméo ». Il s’agit toujours d’une tragédie, mais son final n’exalte pas une mort romantique : « L’amour triomphe, même emporté par la mort » déclare le chorégraphe.

« Nous devons nous débarrasser de cette idée mensongère de la mort romantique, affirme-t-il, sans toutefois la remplacer par une laideur conventionnelle ». Il précise : « J’ai recherché une image qui montre que la mort n’est pas euphémique, mais immuable, tout en lui donnant une forme qui chérit la mémoire de la vie éteinte »

Au coeur de l’intrigue reste le conflit entre un amour innocent et la violence de l’ordre établi. La scénographie de Magdalena Aberg, une scène nue et trois panneaux mobiles diversement agencés, suggère « une ville en crise » dans un environnement urbain en noir et gris. Les costumes également de Magdalena Aberg sont inspirés de la Renaissance avec une touche de modernité. Certaines matières ont des reflets métalliques qui soulignent un climat de conflit.

Pour cette « relecture » très physique de l’histoire mythique des amants de Vérone, Mats Ek s’est inspiré d’un arrangement d’après la musique de Tchaïkovsky (qui a signé une fantaisie ouverture « Roméo et Juliette ») et non de la partition plus connue imaginée pour le ballet par Prokofiev. On retrouve les deux héros et la plupart des protagonistes de la tragédie de Shakespeare, notamment le père et la mère de Juliette, le Prince, Pâris, Tybalt, la Nourrice et surtout Mercutio avec lequel Mats Ek introduit un peu de légèreté, ce qui n’exclut pas chez ce personnage une certaine lucidité.

Ce « Juliette et Roméo », témoigne de la faculté d’adaptation, donc de la versatilité des danseurs du Ballet Royal de Suède réputés pour leurs riches qualités dramatiques et qui, pour cette chorégraphie, évoluent pieds nus. Pour la tournée à Paris, dans le rôle de Juliette alternent Mariko Kida et Rena Narumi et pour Roméo, Anthony Romuljo et Anton Valdbauer. On remarque également dans la distribution deux danseurs (Ana Laguna, la Nourrice) et Niklas Ek (le Prince) qui furent des figures dynamiques du Ballet Cullberg (la compagnie de Birgit Cullberg que dirigea Mats Ek de 1980 à 1993).

Le Ballet Royal de Suède possède aussi à son répertoire des ballets historiques qui rappellent ses débuts à l’initiative du roi de Suède Gustave III (1746-1792), un passionné des arts de la scène, qui fit venir de France comme premier directeur Louis Gallodier (1734-1803) et surtout en 1782 Antoine Bournonville (1760-1843) époustouflant danseur, élève de Noverre, suivi plus tard au XIXème siècle par son fils Auguste Bournonville (1805-1879) lui même précédé par Philippe Taglioni (1777-1871). « La Sylphide » et « Giselle » étaient alors dansées à Stockholm comme dans toute l’Europe. Sous l’influence de la danse libre aux pieds nus d’Isadora Duncan et des Ballets russes de Serge de Diaghilev, le Ballet Royal de Suède participa au renouveau artistique pendant la première moitié du XXème siècle et dans les années 30 et 40 favorisa l’éclosion de jeunes talents émergeants Birgit Cullberg et Ivo Cramer. L’intérêt pour le ballet classique se raviva dans les années 50 et depuis, la compagnie, tout en faisant place aux jeunes créateurs suédois, accueille des chorégraphes marquants aussi différents que John Cranko, Antony Tudor, Jiri Kylian, John Neumeier et d’autres plus modernes comme Glen Tetley ou William Forsythe.

Cet équilibre du répertoire est recherché par Johannes Ohman, directeur artistique depuis 2011 du Ballet Royal de Suède dont il a été danseur, et notamment soliste, à partir de 1988. `

Palais Garnier : 6, 7, 8, 9 janvier 2015 à 19H30, 10 janvier à 14H30 et 20H.
places de 10 à 130 € - les 9 et 10 janvier en soirée : places de 10 à 143 €, - le 10 janvier en matinée : places de 10 à 117 €.
tél. 08 92 89 90 90.

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