Accueil > Lampedusa Beach et Terre noire de Prosa et Massini

Critiques / Théâtre

Lampedusa Beach et Terre noire de Prosa et Massini

par Gilles Costaz

Doublé Irina Brook et doublé Romane Bohringer

Partager l'article :

Quand elle a pris la direction du Théâtre national de Nice, Irina Brook a immédiatement annoncé qu’elle donnerait une large place aux pièces traitant des drames actuels qui secouent la planète. Elle met en application ces principes avec le double volet qu’elle met en scène, à partir de textes d’auteurs italiens. La première pièce, Lampedusa Beach de Lina Prosa, dont c’est la seconde mise en scène en France après celle de Christian Benedetti à la Comédie-Française (avec Céline Samie), fait parler une femme africaine qui a pris le bateau pour fuir son pays et gagner l’Europe. C’est noyée qu’elle atteindra la plage de Lampedusa et c’est une noyée qui nous parle de la violence à bord de l’embarcation et de l’indifférence du monde occidental. A l’intérieur d’un décor de tissu beige comme la terre, Romane Bohringer est seule sur la scène. Tout est dépouillement et cri épuré. C’est bouleversant.
La deuxième pièce, Terre noire de Stefano Massini, a été commandée par Irina Brook à l’auteur italien. On n’y retrouve pas l’audace formelle de son œuvre la plus célèbre, Chapitres de la chute, saga des Lehman Brothers. La structure, bien qu’elle fasse éclater l’ordre chronologique, est plus classique. Elle conte le destin d’un couple de paysans d’Afrique du Sud. Un moment séduits par les représentants d’une multinationale de la semence, ces agriculteurs de la canne à sucre découvrent qu’ils sont volés et ruinés peu à peu par l’emprise financière de cette Earth Corporation et par l’entrée en jeu d’OGM. Ils s’adressent à une avocate qui tente de défendre ces malheureux et de défier la pieuvre aux tentacules surpuissants.
Là, Irina Brook déploie une mise en scène plus imagée, soucieuse de clarté et d’émotion, bien rythmée par la musique et les silences. On retrouve, dans le rôle de l’avocate, Romane Bohringer qui réalise un véritable exploit en jouant coup sur coup les deux rôles principaux des deux pièces : elle donne toute son intensité au caractère dramatique de la situation tout en injectant une certaine fantaisie romanesque. Hippolyte Girardot joue le méchant, le représentant de la firme cannibale (c’est évidemment Monsanto qu’attaque Massini dans sa fable féroce), avec le bonheur de camper un personnage machiavélique en en gardant la vérité et la part (bien minime) de fragilité. Jéremias Nussbaum incarne un autre rapace, sur un autre ton, plus endiablé. Pitcho Woomba Konga et Babetida Sadjo sont de manière très touchante et nuancée le couple de paysans exploités. Voilà du théâtre d’alerte, comme il y a des « lanceurs d’alertes », avec son langage plutôt traditionnel et sa réelle force de conviction.

Lampedusa Beach de Lina Prosa, traduction de Jean-Paul Manganaro, mise en scène d’Irina Brook, avec Romane Bohringer. Texte édité aux Solitaires intempestifs. Jusqu’au 6 février.
Terre noire de Stefano Massini, traduction de Pietro Pizzuti, mise en scène d’Irina Brook, avec Romane Bohringer, Pitcho Woomba Konga, Babetida Sadjo, Jeremias Nussbaum. Jusqu’au 7 février.

Théâtre national de Nice, tél. : 04 93 13 90 90. Reprise – sous réserves – de Lampedusa Beach au théâtre de l’Oeuvre, Paris, en avril.

Photo Jean-Claude Fraicher.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.