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Critiques / Théâtre

Lady Aoï de Mishima

par Gilles Costaz

La vengeance d’une femme

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Lady Aoï de Mishima
La vengeance d’une femme
Le sixième Festival des écoles des théâtres publics a bien commencé. Le premier spectacle, Lady Aoï, est une réussite. On ne sait comment le Conservatoire national supérieur d’art dramatique a pu réunir une telle équipe : des élèves acteurs et des musiciens réunis autour d’un élève metteur en scène, Raphaël Trano de Angelis, et un dispositif assez important avec un décor installé sur une terre blanche et l’arrière-scène réservée à la musique. Un choeur qui parle (et ne chante pas), situé côté cour, prolonge de temps à autre les répliques des trois protagonistes ; au fond, la formation musicale et les chanteurs interviennent pour chaque respiration du texte. Tiré d’un nô ancien la pièce de Mishima traite du thème d’un homme marié poursuivi par l’esprit d’une femme délaissée. L’action ne se passe plus dans le passé. L’homme est une sorte de cadre moyen qui vient se reposer alors que sa femme est soignée à quelques mètres de là. La femme abandonnée surgit et entame une danse folle pour reprendre l’homme. Elle tourne autour de lui, se colle à lui, s’entortille à son corps. L’homme résiste, mais il ne réchappera pas de cette attaque aussi féroce qu’amoureuse.
Raphaël Trano de Angelis a conçu son spectacle à partir d’une nouvelle traduction, par Dominique Palmé, peut-être plus fidèle que celle de Marguerite Yourcenar (mais comment le savoir ?). Connaisseur des codes du théâtre traditionnel japonais, Trano de Angelis les a intégrés à un jeu et à un décorum tout à fait contemporains. Il oppose ainsi une interprétation passionnée à un déroulement gradué et cérémoniel. Les deux acteurs principaux sont remarquables : Noémie Ettlin joue l’esprit, le fantôme vivant, comme une acrobate sachant alterner les défis de l’équilibre et les rituels dansés ou immobiles. Nicolas Gonzales interprète l’homme dépassé d’une manière secrète et poignante. Peu de « jeunes spectacles » ont cette complexité et cette élégance. Et, à coup sûr, l’on reparlera de Raphaël Trano de Angelis, metteur en scène des mots et des signes.

Lady Aoï de Yukio Mishima, traduction et adaptation de Dominique Palmé, mise en scène de Raphaël Trano de Angelis, composition et direction musicale d’Harcène Larbi, scénographie de Yaël Haber et Karolina Howorko, lumière de Dominique Nocereau, son de Xavier Bordelais, avec Noémie Ettlin, Nicolas Gonzales, Clarisse Sellier et 16 acteurs, chanteurs et musiciens.

Théâtre de l’Aquarium, cartoucherie de Vincennes, jusqu’au 21 juin (le Festival des écoles de théâtre public se poursuit jusqu’au 28 juin). Tél. : 01 43 7499 61. (Durée : 1 h 20).

Photo Joséphine Lointaine.

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