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Critiques / Théâtre

La vie bien qu’elle soit courte de Stanislas Stratiev

par Gilles Costaz

Comment recoudre un bouton dans un pays bureaucratique

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Ecoeuré par la médiocrité des ensembles immobiliers qui se montent un peu partout dans son pays, un architecte décide qu’il ne va plus voter pour les médiocres constructions programmées par la commission où il est attendu. Le voilà parti pour cette réunion. Mais, tandis qu’il chemine, un bouton se détache de son pantalon. Le bouton se perd dans la boue. Du coup le pantalon ne tient plus et tombe à terre si l’on ne le fait rien pour l’empêcher de glisser. Il faut trouver un autre bouton avec un fil et une aiguille. Ce qui n’est pas simple dans un pays très bureaucratisé. L’architecte arrive bien à un atelier de couture, mais on ne vous rajoute pas un bouton en deux coups de cuillère à pot dans une société ivre de paperasses, de hiérarchie et d’autorisations ! L’architecte arrivera-t-il à l’heure à la réunion qui pourrait interrompre la planification des horreurs immobilières ? Les blocages du système sont là où on ne les attend pas.
Les pays de l’Est ont beaucoup engendré ce type de comédie, entre l’absurde et la charge politique, à mi-chemin entre la mise en place d’un vertige mystérieux et la volupté de la satire. Le Bulgare Stanislas Stratiev est l’une des grandes figures de ce courant délicieusement provocateur. Sophie Accard, qui met en scène La vie bien qu’elle soit trop courte, passe de Jean Tardieu, dont elle avait si bien monté ses courtes pièces, à Stratiev avec une belle aisance. Il y a une parenté entre les deux auteurs mais Tardieu jongle plus avec les formes et les mots. Stratiev suit sans jongler une ligne infernale : il n’y a pas plus comique que la tragédie des systèmes répressifs ! Le décor, fort réussi de Blandine Vieillot, est très noir. L’un des personnages y apparaît parfois en ombre démultipliée. Les acteurs se coulent avec souplesse dans cette noirceur. Léonard Prain incarne l’architecte dans un juste équilibre entre la drôlerie des apparences et l’angoisse intériorisé. Tchavdar Pentchev (qui ajoute du russe dans le texte, ou du bulgare ? De toute façon, c’est en cyrillique !), compose un bureaucrate d’une bonhomie terrifiante : il est épatant. Sophie Accard joue elle-même le rôle plus discret de la jeune femme avec cet art qui définit ses mises en scène : toujours dans une tension exacte, sans détour ni graisse.

La vie bien qu’elle soit courte de Stanislas Stratiev, traduction de Catherine Lepront, mise en scène de Sophie Accard, scénographie de Blandine Vieillot, costumes d’Atossa, musique de Cascadeur, lumières de Sébastien Lanque, avec Sophie Accard, Tchavdar Pentchev et Léonard Prain.

Lucernaire, 19 h, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 7 mai. (Durée : 1 h 15). Puis à Avignon, théâtre Buffon, 14 h 50, du 7 au 30 juillet.

Photo Compagnie C’est-pas-du-jeu.

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