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Critiques / Opéra & Classique

La tectonique des nuages de Laurent Cugny

par Jaime Estapà i Argemí

Une histoire du type « boy meets girl » sur un fonds de catastrophe tellurique.

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Laurent Cugny (1955) pianiste et compositeur, docteur en musicologie et écrivain, a voulu associer l’opéra et le jazz, deux genres bien distincts dans la pensée de beaucoup. Avec François Rancillac ils ont porté leur choix sur la pièce de théâtre de José Rivera (1955), écrivain de culture hispano américaine né à Puerto Rico : La tectonique des nuages.

Voici l’histoire de la rencontre sur une route californienne, la nuit, sous une pluie battante, entre Celestina del sol, une femme de cinquante ans - enceinte depuis deux ans - venue de nulle part, et Aníbal de la luna, dont on ne sait pas grand-chose non plus sinon qu’il a un frère –Nelson-, soldat, qui apparaîtra à plusieurs reprises dans l’histoire. De plus, on apprend aussi que Celestina détient le pouvoir d’arrêter le temps et que la pluie incessante annonce l’ouverture de la faille qui va charrier une partie de la Californie vers l’océan Pacifique : le « Big One ». On note que beaucoup d’éléments rapprochent cette histoire de celle de Pelléas et Mélisande, comme l’omniprésence de l’eau, la fille abandonnée, les frères amoureux de la même fille, la maternité, l’ambiance nocturne et magique du conte. Rien ne prouve cependant que ces concordances aient été volontaires.

La production n’est jamais mieux servi que par soi-même.

L’œuvre fut créée en version de concert au festival de Jazz à Vienne en juillet 2006 et elle vient d’être présentée pour la première fois en version scénique au théâtre Graslin de Nantes. Laurent Cugny, son compositeur, a dirigé au piano les neuf musiciens jazzistes –batterie, contrebasse, guitare, accordéon, saxophone, cor, clarinette, trompette, trombone-, de l’ensemble créé par lui-même pour l’occasion, alors que François Rancillac, le librettiste, s’est attelé à la direction des trois acteurs de la pièce : David Linx dans le rôle d’Aníbal de la luna, Laïka Fatien dans celui de Celestina del sol, et Yann-Gaël Poncet, par ailleurs auteur des textes chantés, dans le rôle de Nelson.

Le décor –l’intérieur de la maison d’Aníbal, signé Raymond Sarti-, diffère quelque peu de celui de l’œuvre originale de José Rivera, à savoir qu’il s’agit ici d’un intérieur sobre et élégant, dominé par la ligne droite et une gamme de couleurs foncées très étudiée, alors que l’auteur hispano-américain voyait la maison du jeune garçon plus simple et plutôt mal agencée.

En complément du décor, les vidéo de Raymond Couvreu ont apporté des informations sur l’ambiance extérieure au cadre humain de l’histoire : les épisodes de pluie ont parfaitement rendu l’atmosphère angoissante d’enfermement. En revanche les promenades dans le cosmos et son cortège de constellations, planètes et satellites, par leur côté grandiose un peu surfait, ont été de moindre effet.

Belle performance des musiciens

Laurent Cugny a affiché la volonté de mettre en valeur « la vocalité et la chanson » mais son désir a été quelque peu contré par l’utilisation du micro. Certes les instruments ont pu s’exprimer sans le souci d’écraser les chanteurs, mais les voix, démesurément puissantes grâce à l’électronique, n’ont guère été crédibles. Mai, une fois cette petite contrainte acceptée, le spectateur a pu pénétrer dans le monde étrange de la femme mystérieuse, de la pluie et du « big one » : les trois acteurs ont joué avec une grande conviction, les musiciens ont tous été formidables, et la mise en scène a su accompagner l’histoire étonnante. Tout a concordé à donner à ce conte invraisemblable une fluidité naturelle.

La tectonique des nuages, opéra-jazz en un acte de Laurent Cugny, librement adapté de Cloud Tectonics de José Rivera par François Rancillac et Yann-Gaël Poncet. Traduction française de Isabelle Famchon. Direction musicale Laurent Caugny. Mise en scène François Rancillac, décors Raymond Sarti, costumes Sabine Siegwalt, lumières Marie-Christine Soma. Avec David Linx, Laïka Fatien, Yann-Gaël Poncet.

Production Angers Nantes Opéra.
Avec le soutien de la Fondation BNP PARIBAS et du Fonds de création Lyrique.

Angers Nantes Opéra :
les 7, 8, 9, 10, avril 2015 à Nantes - Théâtre Graslin (02 40 69 77 18)
les 28, et 29 avril 2015 à Angers - Le Quai (02 41 22 20 20).

www.angers-nantes-opera.com

Photos Jeff Rabillon

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