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La saison des festivals, c’est parti !

par Dominique Darzacq

Le Festival de Marseille et Les Fêtes nocturnes de Grignan donnent le coup d’envoi

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Entre restructurations territoriales et restrictions budgétaires, l’économie des festivals d’été a été quelque peu bousculée et sa géographie modifiée. A en croire plusieurs sources, on peut estimer – toutes disciplines confondues - à plus de cent cinquante le nombre de manifestations estivales supprimées ou annulées. Pour les autres, certaines ont dû réduire leur voilure, d’autres bien ancrées sur leur territoire, rayonnant par leur forte identité au-delà de leurs frontières, ont pu résister aux différents reflux budgétaires et idéologiques et offrir au public des programmes hauts de gamme en même temps que fruit d’une réflexion artistique et culturelle. Parmi ceux-ci, avant le rush de juillet, dès les premiers jours de l’été calendaire Les Nuits de Grignan (24 juin – 20 août) et le Festival de Marseille (24 juin-19 juillet).

"Don Quichotte" pour souffler les 30 bougies du Festival de Grignan

Comme beaucoup de festivals d’été, c’est de l’alchimie réussie des pierres et du verbe que sont nées en 1987 Les Fêtes nocturnes de Grignan . Ce fut pour commencer quelques saynètes mêlées de musique et de danse, jouées dans tous les coins du château, par des comédiens professionnels et des amateurs parmi lesquels, pour ces derniers, des habitants du village. Au fil du temps et de leurs mutations, « ces Fêtes nocturnes » sont devenues un rendez-vous estival incontournable, un festival populaire qui offre pour seul décor la célèbre façade Renaissance de son château. Un attrait autant qu’une gageure dont Brigitte Jaques-Wajeman s’était admirablement tirée avec son Tartuffe (2009). Mais Molière, plus de onze fois mis à l’affiche, sied particulièrement à Grignan. Edmond Rostand, Victor Hugo et Shakespeare n’y font pas non plus mauvaise figure.

C’est cette année à Cervantès et à son Don Quichotte, mis en scène par Jérémie Le Louët, qu’il revient de souffler les trente bougies d’anniversaire. Jérémie Le Louët, qui s’est fait connaître avec un trépidant Macbett de Ionesco et dirige sa compagnie Les Dramaticules, aime dit-il « à décloisonner les genres, bousculer les codes, contester la notion de format ». Sur ce terrain-là, Don Quichotte, chevalier errant par les chemins accompagné de Sancho Panza, rêveur fiévreux ferraillant l’injustice, est pain béni. S’y imbriquent en effet le vrai et le faux, le réalisme et le merveilleux. Pour mieux aller de l’un à l’autre, de la fiction à la réalité, du temps de l’écriture de l’œuvre à celui de la représentation, Jérémie Le Louët a voulu que la scène de théâtre se confonde avec un plateau de cinéma jonché de caméras, de câbles, de projecteurs et d’écrans, « comme si une équipe, à la suite d’un repérage, avait choisi le Château de Grignan pour tourner un film sur Don Quichotte » explique le metteur en scène pour qui « Don Quichotte est multiple : c’est une satire , un prêche, un hommage, un divertissement. Tous les styles s’y côtoient. Notre propos est d’être au plus près de la liberté et de la subversion qui traverse le roman ».
Outre le spectacle et le convivial rituel qui après chaque représentation réunit spectateurs et artistes autour d’un verre dans les jardins du Bosquet, outre aussi, des rencontres et des projections de films qui émaillent le Festival, il est proposé au public une exposition rétrospective de trente ans de créations déployée tout au long d’un parcours qui ouvrira quelques portes des lieux emblématiques du château.

Le festival de Marseille modifie son cap

Placé, depuis mai 2015, sous la houlette artistique de Jan Goossens, venu de Belgique où il dirigeait le Théâtre Royal Flamand, le Festival de Marseille s’ouvre à la pluridisciplinarité tout en gardant la danse comme cœur battant de la manifestation. Cette nouvelle édition, qui fait une large place à la création et aux spectacles inédits en France « est construite comme une carte de visite qui représente ma famille artistique et les grands courants de pensée qui ont forgé mon regard sur le monde » explique le nouveau directeur artistique. Parmi ceux-ci, Peter Sellars un des grands maîtres de la scène internationale dont il fut l’assistant à la mise en scène sur plusieurs opéras. Tout commencera avec lui qui, avec le danseur chorégraphe Reggie Gray, signe Flexn un spectacle vivifiant qui raconte « la complexité du vivre ensemble » et met sur la scène quatorze artistes afro-américains, tous de Brooklyn et danseurs de flexing, une expression dansée « à la croisée du R’n’B et du hip-hop , inspiré par le bruk-up jamaïcain et le reggae » ( du 24 au 27 juin).

A signaler aussi parmi les spectacles inédits En alerte du danseur chorégraphe marocain Taoufiq Izeddiou qui puise dans ses racines Gnawa, peuple afro-maghrébin descendant d’esclaves noirs, pour proposer un fascinant solo qui convoque le pouvoir de la transe et explore la complexité inhérente à toute quête spirituelle (25-26 juin).
Invité de marque également le sud-africain Brett Bailey et sa compagnie de chanteurs lyriques qui avec Macbeth pose la tragédie de Shakespeare et la musique de Verdi dans le Congo d’aujourd’hui. Kalachnikov en bandoulière, Macbeth trouve une nouvelle vie sous les traits d’un milicien au verbe cru et devient la cheville sur laquelle s’articule une virulente satire du néocolonialisme (28/29 juin).
Création musicale encore avec Alifbata un concert hors normes qui réunit le groupe Aka Balkan Moon, inspiré de la tradition des Balkans et le groupe AlfBa résolument tourné vers les sonorités sensuelles du Moyen- Orient, et propose une somptueuse virée sonore d’orient en occident avec d’éblouissantes étapes en compagnie de la chanteuse soufie Zina Khan (4 juillet).

Qu’il s’agisse de danse, de théâtre musical, de concert ou d’installation telle celle de l’artiste libanaise Tania El Khoury Garden speak , les spectacles à l’affiche jettent des ponts entre le nord et le sud et, dans la diversité de leurs pratiques et de leurs esthétiques, les artistes invités ont en commun interpeller la société ici et maintenant. Un choix citoyen de programmation sur lequel Jan Goossens s’explique : « l’art pour l’art ne m’intéresse pas, je suis passionné par les artistes car ils ont un rôle essentiel à jouer dans la construction de l’avenir. Je reste persuadé que leur travail permet d’imaginer de nouvelles cohésions pour le monde et la ville de demain ».

Les Fêtes nocturnes de Grignan du 24 juin au 20 août, tel 04 75 91 83 65
Festival de Marseille du 24 juin au 19 juillet, tel 04 91 99 02 50

Photos Don Quichotte © Jean-Louis Fernandez , Flexn © Stéphanie-Berger

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