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La passion des soldats de la grande guerre

par Gilles Costaz

Un regard franco-allemand

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Rapprocher les histoires allemandes et les visions françaises de la Première guerre mondiale, c’est une démarche assez récente. Le théâtre s’y met à son tour, avec l’initiative de Xavier Gras qui a conçu et met en scène La Passion (des soldats de la Grande Guerre) : un spectacle qu’accueille un lieu allemand de Paris, le Goethe Institut, et dont les participants espèrent bien aller jouer à travers les deux pays concernés. Suivant une ligne assez proche de celle adoptée par Bernard Marris qui, dans un ouvrage récent, a mis en parallèle les témoignages de Maurice Genevoix et d’Ernst Jünger, Xavier Gras a travaillé à partir de ces deux auteurs et de leurs récits respectifs, Ceux de 14 et Orages d’acier. Il a choisi des extraits, organisé un récit fait de ces deux voix d’écrivain, soumis le texte final aux ayant-droit – les petits-enfants de Genevoix, l’éditeur allemand Kleff-Cotta -, fait tout traduire dans les deux langues et réuni une distribution franco-allemande.
« Au début de la guerre, Jünger a 19 ans, Genevoix 23, précise Xavier Gras. Ils ont participé à la même bataille, celle des Eparges, à quelques dizaines de mètres l’un de l’autre, sans se connaître alors et sans jamais se connaître plus tard. Ils seront tous les deux plusieurs fois blessés. Genevoix, trop abîmé, doit quitter le front, Jünger va jusqu’au bout du conflit. Il n’écrivent pas de la même façon. Jünger met à distance, dans un style très écrit. Genevoix est plus direct, plus parlé : il a lui-même très bien enregistré certains de ces textes. Je n’ai pas toujours respecté la chronologie parce que j’a orchestré la soirée selon des thèmes. »
Réentendre ainsi Jünger et Genevoix, c’est, bien que le premier ait été longtemps d’un nationalisme exacerbé, s’éloigner des images des historiographies officielles. « Ce qui apparaît, c’est que, dans les deux camp, les appelés ne sont pas partis la fleur au fusil, poursuit Xavier Gras. Beaucoup n’approuvaient pas cette guerre. Ils ont suivi par fatalité et non par engouement. Genevoix et Jünger étaient l’un et l’autre sous-officiers. Ils racontent qu’ils ont parfois dû menacer leurs soldats avec leurs armes pour être obéis. Il n’y a que des soldats en scène, et pourtant il y a deux femmes mêlées aux hommes : j’ai voulu montrer la violence sociétale d’alors. Les femmes expriment la violence de cette époque et ne sont pas seulement les veuves éplorées ».
La distribution est faite de trois acteurs allemands et de trois acteurs français. Fabian Arning, Thomas Kellner, Vanessa Mecke, Mathilde Moulinat, Thierry Simon et Vincent Vernerie sont tous bilingues et jouent dans les deux langues. Le besoin d’harmonie européenne et de refonte de l’histoire qu’exprime ce projet est manifestement partagé par beaucoup : le Goethe Institut a voulu que le spectacle soit créé dans sa salle de théâtre. Il a participé à la production avec diverses associations : la Mission du centenaire, les Gueules cassées, les Ailes brisées, Je me souviens de 14 et l’Office franco-allemand pour la jeunesse. Pas de décor, mais une bande-son lourde de tous les bruits de la mitraille. Et une seule tenue pour tous, une capote sombre, sans signes distinctifs : « l’uniforme du soldat franco-allemand », dit Xavier Gras. Depuis sa création l’an dernier, le spectacle est repris au théâtre de l’Opprimé.

La Passion (des soldats de la Grande Guerre) d’après Maurice Genevoix et Ernst Jünger, conception et mise en scène de Xavier Gras. En français et allemand surtitrés. (Durée : 2 h).

Théâtre de l’Opprimé, tél. : 01 43 40 44 44, jusqu’au 26 octobre.

Photo DR.

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