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La mort de Fatima Gallaire

par Gilles Costaz

Un théâtre libérateur

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Fatima Gallaire est morte le 15 septembre à Paris. De son nom de jeune fille Fatima Bourega, elle était née en 1944 à El Harrouch, en Algérie. On avait sans doute trop oublié ou, tout au moins, retiré du premier plan cette auteure franco-algérienne dont les œuvres eurent un grand retentissement à partir de 1987, date de son premier texte représenté, Témoignage contre un homme stérile. Elle n’était plus guère jouée sur nos scènes alors qu’il y a quarante ans son succès fut éclatant. Princesses (Ah ! Vous êtes venus… Là où il y a quelques tombes) fit l’objet d’une grande mise en scène de Jean-Pierre Vincent à Nanterre-Amandiers en 1991, et le spectacle fut salué par le prix de la Critique. On peut se souvenir aussi des Co-épouses, mis en scène par Maurice Attias la même année, au théâtre du Lierre. Princesses avait même été créé en anglais en 1988 à l’Ubu Repertory de Françoise Kourilsky. D’autres pièces ont paru ensuite, la plupart jouées : Au cœur la brûlure, La Fête virile, Au loin, les caroubiers, Rimm, la gazelle, Les Circoncis… Fatima Gallaire a beaucoup écrit. Nombre de ses textes sont à découvrir ou à redécouvrir.
Elle avait commencé par le cinéma et avait travaillé pendant quatre ans à la Cinémathèque d’Alger. Elle écrivit divers scénarios (qui ne furent pas réalisés, semble-t-il) mais réalisa deux documentaires pour la télévision algérienne, notamment un film Les Porteurs de valises, qui doit avoir gardé tout son intérêt aujourd’hui. Puis, en France, elle prit le chemin du théâtre. Elle n’y parle que de la société algérienne et, plus largement, du monde arabe. Sa parole est une parole de femme et ses thèmes sont tabous ou brûlants : la place humiliée de la femme, la folie de la virilité, les diktats de la religion et de ceux qui la représentent, les mariages mixtes, la violence des traditionnalistes, l’incompréhension entre les Algériens d’Algérie et ceux qui sont partis, le prétendu droit des hommes à avoir plusieurs épouses… Il y a chez Fatima Gallaire autant de tendresse que de colère. Elle l’aime, cette Algérie dont elle dénonce les mœurs oppressantes pour la femme, mais elle n’a peur de rien, dans ses tableaux très amples, aux personnages abondants, qui vont souvent jusqu’à la tragédie.
Le théâtre de Fatima Gallaire a fait l’objet de beaucoup de commentaires et d’études en France et en Algérie. Son meilleur préfacier, Jean Déjeux, a noté très justement que « la langue française de Fatima Gallaire se nourrit de la pensée arabe. » Alors qu’il existe tant d’hommes algériens de qui ont donné au théâtre, en langue française, leur vision de la société de leur pays, les Benguettaf, Benaïssa, Kacimi, Chouaki, on ne connaît pas dans cette sphère culturelle d’autre femme qui se soit exprimée avec un tel impact. C’était une pionnière, une femme des avant-postes de la pensée.
Dans sa préface à Rimm, la gazelle qu’elle écrivit en 1992 pour l’actrice Françoise Tixier, elle raconte – et l’on a l’impression de retrouver sa voix dans ces lignes : « J’ai écrit le texte en très peu de temps et Françoise y a adhéré immédiatement. Dans la création qu’elle en fit, au théâtre de la Tête noire de Saran, grâce à l’accueil de Patice Douchet, elle atteint au grandiose. Par son jeu et par l’émotion qu’elle génère. Tragique, l’enterrement d’une mère ? Mais non, voyons, c’est un spectacle. » Elle conclut : « Le Théâtre est toujours venu à moi comme un libérateur. »
Le « théâtre libérateur ». Tout est dit. Ainsi sont les pièces de Fatima Gallaire.

Fatima Gallaire a reçu un grand nombre de prix :
- Prix SACD Nouveau Talent en 1987.
- Prix Arletty de l’universalité de la langue française en 1990 pour l’ensemble de son œuvre théâtrale.
- Prix du Syndicat de la critique pour la meilleure œuvre francophone décernée à Princesses, montée par Jean-Pierre Vincent, en 1991.
- Prix Malek Haddad de la Fondation Noureddine Aba en 1993.
- Prix Amic de l’Académie Française en 1994 pour l’ensemble de son œuvre.
Ses œuvres sont principalement parues à L’Avant-Scène Théâtre, collection des Quatre-Vents. Le volume Théâtre 1, préfacé par Jean Déjeux, regroupe Princesses, La Fête virile, Les Co-épouses, Au loin les caroubiers, Rimm, la gazelle.

Photo, collection particulière Fatima Gallaire.

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