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La mort de Claude Sévenier ancien directeur et fondateur du Théâtre de Sartrouville

par Dominique Darzacq

La disparition d’un précurseur discret

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Claude Sevenier est mort de 22 février des suites d’une longue et douloureuse maladie comme on dit pudiquement. Décidément ces sales bêtes de crabes ne respectent rien, même pas ceux dont l’action a su modifier le paysage culturel.
Fondateur du Théâtre de Sartrouville qu’il dirigea pendant quarante ans, Claude Sévenier mis sur orbite quelques idées et projets qui aujourd’hui vont de soi mais qui alors étaient totalement inédits.

En 1966, Claude Sévenier, même pas la trentaine, animateur culturel bénévole, convaincu que le théâtre pouvait exister dans une banlieue pauvre et sans histoire , invite à s’installer dans la salle des fêtes de Sartrouville, une jeune équipe qui venait de se faire connaître à Paris avec L’Affaire de la rue de Lourcine. Celle qu’emmenaient Patrice Chéreau et Jean-Pierre Vincent. On vint de Paris voir les spectacles et l’envol d’une troupe restée à jamais glorieuse. Pour brève que fut l’aventure qui se termina en 1968, elle fut la fusée qui mit sur orbite celle du Théâtre de Sartrouville en même temps qu’elle signait les affinités de celui qui le dirigea. Vigie attentive à faire fructifier ses premières récoltes, Claude Sévenier, persuadé que la conquête du public passe d’abord par la présence artistique sur le terrain, mena son combat sur tous les fronts : institutions nationales, collectivités municipales et départementales, avec pour continuer Catherine Dasté et sa compagnie de la Pomme Verte qui scellera une des identités du Théâtre de Sartrouville.

Lorsqu’enfin et après de nombreuses batailles, il inaugure en 1986 ce vaisseau de béton et de verre qu’est aujourd’hui le Théâtre de Sartrouville, il en fait le creuset d’une nouvelle aventure qui se vivrait à plusieurs et invente une formule insolite pour l’époque celle de l’artiste associé, proposition moins éphémère que l’artiste en résidence. « Soyez chez moi comme chez vous » dit-il, alors, à Joël Jouanneau, Angélique Ionatos, Cécile Garcia-Fogel. Si aujourd’hui il semble inconcevable qu’un Centre Dramatique National n’ait pas un ou deux artistes associés, il y a trente ans le concept relevait du prototype et en déconcertait beaucoup. C’est lui aussi, et avec la complicité de Joël Jouanneau, qui renouvellera l’idée de la création en direction du jeune public en invitant des artistes tels Olivier Py, Stanislas Nordey, Brigitte Jaques-Wajman, Philippe Adrien, Laurent Pelly et d’autres à venir à Sartrouville créer des spectacles pour les enfants. C’est lui aussi qui inventa et lança cette aventure singulière et plurielle d’Odyssées en Yvelines qui pendant plusieurs semaines fait du département un territoire dont le Prince est un enfant qui va au théâtre, et qui reste aujourd’hui une des manifestations phare en ce domaine.

Depuis quelques années, Claude Sévenier, en aventurier qu’il était, s’était investi dans le Off Avignon et assurait, avec Martine Spangaro, la direction artistique du Petit Louvre. A cet endroit-là, il s’agissait pour lui d’un nouveau pari, et pas des moindres, celui de nouer ensemble les contraintes du théâtre privé et les exigences du service public.

Homme de conviction plus que de communication, Claude Sévenier, sans effet de manche mais alliant intuition et efficacité, n’aura eu de cesse de faire bouger les lignes, pour le bénéfice des artistes et du public.

Photo ©DR

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5 Messages

  • Je me souviendrai toujours de sa présence discrète dans le hall du théâtre, tous les soirs de représentation.
    Un grand monsieur, que je remercie du fond du cœur d’avoir fait venir autant d’excellents metteurs en scène, acteurs et chanteurs dans ce coin perdu de la banlieue ouest.

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  • La mort de Claude Sévenier ancien directeur et fondateur du Théâtre de Sartrouville 28 février 2016 18:32, par Jean-Yves Delannée, ancien maire-adjoint de Sartrouville

    Ce fut le premier Sartrouvillois avec qui je nouais des liens dès mon arrivée à Sartrouville en 1970. En 1971, je fus chargé par le Maire communiste de l’époque, Auguste Chrétienne de suivre le théâtre. La tache était difficile mais combien interressante. Sartrouville était une ville ouvrière pauvre. Les besoins sociaux était très grands. Il a fallu le talent de Claude et la volonté du Maire pour convaincre l’équipe municipale de poursuivre cette formidable entreprise, d’abord donc dans les années 1960/1970, puis après l’avènement de la gauche au pouvoir pour la construction du nouveau théâtre.

    Claude fut effectivement un novateur.
    Grace à lui, l’Etat accepta de financer le premier CRAC (centre régional d’action culturelle) , mais non seulement il diffusait des spectacles de théâtre mais aussi de danse, de musique, de cirque,.... Il créa des actions d’animation culturelle dans de grandes entreprises de la région (Thomson à Sartrouville), dans les écoles.
    Il dépensa une grande énergie en direction du milieu scolaire permettant la création de la première compagnie théatrale en direction de l’enfance et de la jeunesse, reconnue et financée par l’Etat, la Pomme verte dirigée par Catherine Dasté. Cette action se prolongera avec Heyoka et Odyssée 78 dont l’avenir est incertain pour des raisons financières.
    Ce fut aussi les artistes associés.
    C’est donc avec une très grande tristesse que j’apprends sa disparition prématurée

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  • Fidèle spectatrice, puis secrétaire du TNP à Chaillot puis du TEP dans le 20ème, j’étais également spectatrice assidue du courant de décentralisation de la banlieue parisienne. J’ai fréquenté le Théâtre de Sartrouville dès le début de son existence dans les 2 salles et c’est toujours avec émotion que je retrouvais la présence de Claude Sévenier (comme celui d’Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil). Présence discrète et chaleureuse dans ce hall où l’on "était attendu"
    Quant à la qualité des spectacles ...quel talent dans le choix.
    Je suis vraiment bouleversée par ce parcours et par la perte de Claude Sévenier.

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  • J’ai eu le privilège de rencontrer Claude quand j’étais élève au Lycée de Sartrouville, nous étions quelques lycéens à vendre les billets des spectacles comme des billets de tombola ( des carnets à souche) nous les proposions à nos amis
    aux gens dans la rue... quel bonheur d’avoir pu vivre tous ces moments avec toi CLAUDE qui a été un précieux amis jusqu’à aujourd’hui et tu resteras toujours dans mon coeur.
    Il m’est impossible de mesurer tout ce que tu nous a apporté sur le plan culturel toutes ces belles aventures de théâtre ,d’Art, les merveilleuses rencontres d’artistes de techniciens, tes collaborateurs ,j’aime toujours tellement le théâtre.
    J’ai quitté Sartouville en 1989 mais nous avons toujours gardé des liens d’amitié....
    merci merci de toutes ces belles lumières ....

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  • Je ne connaissais par Claude Sévenier, mais ai été un spectateur abonné très assidu des formidables programmations de ce théatre (je parle de l’ancien, proche de la gare) de 1978 à 1981 lorsque j’étais lycéen. Je me rendais aux spectacles choisis avec finesse et cohérence par Claude Sévenier et son équipe. Je me souviens encore, très longtemps après d’un remarquable Tristan & Iseult (pièce) et de spectacles de marionnettes éblouissants (revus par la suite au théatre de la ville à Paris). Nous avions également monté un projet avec les équipes d’animation du théatre et le lycée. Ce théatre m’a initié au théatre et ouvert la voie d’autres salles (Amandiers, dans ma période étudiante et encore aujourd’hui, TGP St Denis, MC93, T G92 Gennevilliers et surtout TN Colline). Jamais je n’oublierai le travail fantastique accompli par cette efficace et très talentueuse équipe à laquelle va toute ma gratitude.
    Des années après, nous sommes allés dans la nouvelle salle voir un très réussi PeerGynt, l’occasion de découvrir cette belle salle et de constater que l’esprit "Théatre de Satrouvile" était bien vivant.
    Chapeau l’artiste !

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