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Critiques / Théâtre

La fin du monde est pour dimanche de François Morel

par Corinne Denailles

ça va tomber par où ça penche

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Dans le cadre de la carte blanche que La Pépinière-théâtre avait eu l’excellente idée de proposer à François Morel en 2013, on avait pu revoir Instants critiques, jubilatoire passe d’armes entre les deux ténors de la critique cinématographique, Georges Charensol et Jean-Louis Bory (voir critique webthea). L’avant-dernière proposition était ce solo existentiel dans lequel François Morel évoque la douloureuse question du vieillissement et du temps qui passe (« S’imaginer encore un peu/Presque éternel/Presque immortel/Juste avant de se dire adieu/Ça va tomber par où ça penche »). En fil rouge et en boucle, la mémorable scène de Pierrot le fou de Jean-Luc Godard où Anna Karina se lamente : « qu’est-ce que je peux faire, j’sais pas quoi faire… », tout en jetant des cailloux dans l’eau d’un air fatigué, donne lieu à un inventaire cocasse de propositions qu’elle n’écoute même pas, voire à un bref dialogue in situ…

Après le temps de l’enfance qui s’obstinait à ne pas passer, voilà ce maudit calendrier qui s’effeuille en accéléré et les irréfutables marques de l’âge qui pointent le bout de leur nez (« quand on commence à te dire que tu ne vieillis pas c’est mauvais signe mais faudrait pas que ça m’empêche de vivre »). Un vieux monsieur attendrissant se prend à rêver d’avoir pu encore séduire une jeunesse dans le métro. Un grand-père parle à son petit-fils d’affection et de transmission. La vie c’est comme les jours de la semaine. Le gamin en serait à lundi, lui à samedi matin, ou vendredi soir,… Le voilà en Jeanine, touchante vieille dame fan de Sheila, tellement seule qu’elle semble incrustée dans le papier peint. Et puis il y a aussi ce bel hommage à l’acteur de second rôle et au théâtre. François Morel aborde des questions intimes dont l’apparente banalité tient au fait qu’elles sont universellement partagées. Les effets video, la présence du cinéma et de la musique, un piano mécanique qui joue tout seul à l’avant-scène, une petite chansonnette, chaque élément de la mise en scène de Benjamin Guillard s’ajuste au comédien comme un costume taillé sur mesures.

Avec sa silhouette débonnaire et son sourire en demi-teintes, François Morel inspire irrésistiblement un sentiment d’empathie. Jamais dans l’esbroufe, il a l’art d’être de la famille et se raconte en nous parlant de nous. Il porte un regard de tendresse sur les hommes et le monde avec l’élégance d’une distance humoristique jamais gratuite ni méchante qui le préserve de toute mièvrerie. Il appartient à la famille Desproges, qui compte de bien rares spécimens, bien que celui-là était plus caustique et celui-ci plus poète, celui-là plus critique et celui-ci plus rêveur, tout au moins sur scène car à l’antenne c’est autre chose.

La fin du monde est pour dimanche de et avec François Morel, mise en scène Benjamin Guillard. Au théâtre du Rond-point, du 28 janvier au 28 février à 21h, dimanche à 15h. Rés. 01 44 95 98 21.
Photo Manuelle Toussaint

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