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Critiques / Théâtre

La famille Semianyki

par Corinne Denailles

des personnges muets bien bavards

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A l’origine de la compagnie, il y a le Teatr Licedei fondé par Slava Polunine qui a créé plus tard le Slava snowshow. En 1989, au moment de la chute du mur, le groupe se défait, et de nouveaux artistes redonnent vigueur à la compagnie qui renoue avec l’esprit inital. Ce sera le Teatr Semianyki. Leur premier spectacle, Semianyki [la famille], en 2011 avait emballé le public qui découvrait cette famille russe frappadingue constituée de mimes hors pair et clowns sans nez rouge. Un tableau familial drôle et cruel où les personnages s’adorent et se détestent, où les membres du groupe soudé se tirent dans les pattes à qui mieux mieux dans un univers déglingué et absurde fait de bric et de broc. Derrière leurs facéties, les Semianyki brossaient un portrait cinglant de la Russie. Si le spectacle suivant, Semianyki express, a déçu, ils reviennent au meilleur de leur forme avec ce dernier spectacle où l’on retrouve avec bonheur l’esprit initial à ceci près que la dimension politique s’est effacée pour laisser toute la place où relations familiales dont on retrouve les fondamentaux du premier spectacle. Un père alcoolique, une mère enceinte généreuse en torgnoles et en vociférations qui font ponctuellement ployer les quatre gamins collés les uns aux autres sous le vent de sa colère. Les sales gosses se font les pires crocs-en-jambe et s’emploient à trucider le père quand il ronfle trop fort. Ils sont extrêmement bavards sans un traître mot prononcé, allant jusqu’à réclamer le silence, un doigt sur la bouche. La mère chasse le père qui reviendra tout penaud pour reprendre la vie commune avec désormais cinq marmots.

Sketches en tout genre s’enchaînent à vive allure, ponctués par des gags divers (des canards plumés tombent du ciel, un chien traverse le plateau à fond de train, un cheval à bascule passe avec un canard sur le dos, etc.). Ils savent jouer à la fois du gag de répétition et de l’effet unique surprenant. Tout indique un monde déjanté où tout va de travers et pourtant où les personnages sont très attachés les uns aux autres, tous dotés de fortes personnalités, particulièrement la petite dernière tout droit sortie de la famille Adams. D’ailleurs certaines scènes y font penser franchement penser comme celle où la petite décapite ses poupées dont les têtes sont accrochées sur un piano qui pourrait bien être diabolique, ou celle où la mère raconte une histoire aux enfants avec tant d’ardeur qu’elle les terrifie pour de bon. Ils savent aussi jouer avec le public avec talent, sans aucune complaisance et installe une ambiance joyeuse et une vraie complicité avec le public. Ce sont des artistes de haut vol mais on ne voit jamais les coutures ; grimés et costumés en technicolor, ils jouent du rythme, de la vitesse d’exécution des gags, maîtrisent l’univers sonore comme personne, transforment les situations en un clin d’œil qu’ils font évoluer comme par association d’idée sur un mode chaplinesque ; ils s’amusent d’eux-mêmes et sous couvert de farce muette, ils mettent en scène une histoire de famille tendre et violente.

Semianyki, de et avec Alexander Gusarov et Olga Eliseeva Marina Makhaeva
Yulia Sergeeva, Kasyan Ryvkin, Elena Sadkova. Du 8 au 31 décembre 2016 à La Cigale à Paris jusqu’au 31 décembre à 20h. Durée : 2h20 entracte compris.

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