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Critiques / Théâtre

La Visite de la vieille dame de Friedrich Dürrenmatt

par Jean Chollet

Tueurs à gages

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Fortune faite, Claire Zahanassian revient à Güllen, petite ville alpine de son enfance, dont elle a été chassée ignominieusement au nom de la morale cinq décennies plus tôt. Sous le prétexte d’un énième mariage, son retour est surtout motivé par un désir de vengeance vis à vis de l’épicier Alfred III, son premier amant, qui après l’avoir engrossée l’abandonna, la poussant ainsi vers la prostitution pour survivre. Entre temps, la ville a connu une crise économique grave et ses habitants, édiles et dignitaires en tête, espèrent bénéficier de la richesse de la vieille femme pour se remettre à flots. Celle-ci n’y est pas opposée et propose même le tiers de sa fortune à partager équitablement entre les habitants, à la seule condition que ceux-ci se chargent de tuer Alfred III. D’abord, on lui oppose un net refus au nom des valeurs morales, puis contaminé par la moralité toute personnelle de Claire, tous se donnent de bonnes raisons pour répondre à sa demande et se livrer à l’exécution. Cette fable tragi-comique de l’auteur suisse de langue allemande, Friedrich Dürenmatt (1921-1990) constitue, comme l’ensemble de son œuvre, une critique sociale, ici concentrée sur un échantillonnage représentatif d’une micro société facilement corrompue, où se reflète l’échec de la morale face au pouvoir de l’argent. Daté de 1955, la parabole de cette pièce conserve hélas une évidente actualité.

Une évidence que l’on ne retrouve pas dans la version scénique et la mise en scène de Christophe Lidon qui se place dans une lignée expressionniste, mais semble hésiter entre plusieurs registres, multipliant les illustrations et manquant de précision dans sa direction d’acteurs. Pourtant, il bénéficie de l’apport des Comédiens – Français qui apparaissent parfois livrés à eux – mêmes. Dans le décor astucieux et évolutif de Catherine Bluwal, localisant les trois actes avec l’aide des vidéos de Léonard, et avec les costumes signifiants de Chouchane Abello Tcherpachian, sous les variations des lumières de Marie –Hélène Pinon, les comédiens semblent ne pas avoir été en mesure d’exprimer tout leur talent. Parmi eux, Danièle Lebrun (Claire), Gérard Giroudon (maire de Güllen), Samuel Labarthe(Alfred III) ou Céline Samie, (son épouse) …. Cette création permet de saluer la première apparition comme Pensionnaires de Didier Sandre, en pasteur énigmatique, et de la jeune Pauline Méreuze interprétant plusieurs rôles.

La Visite de la vielle dame de Friedrich Dürrenmatt, traduction Laurent Muhleisen, mise en scène Christophe Lidon, avec Yves Gasc, Simon Eine, Gérard Giroudon, Michel Favory, Céline Samie, Christian Gonon, Danièle Lebrun, Samuel Labarthe, Noam Morgensztern, Didier Sandre, Pauline Méreuze, Fabrice Colson, Xavier Delcour.
Décor Catherine Bluwal, costumes Chouchane Abello Tcherpachian, lumières Marie-Hélène Pinon, musique Vincent Butori, vidéo Léonard. Durée : 2 heures 10.

Théâtre du Vieux-Colombier – Paris jusqu’au 30 mars 2014

photo Cosimo Mirco Magliocca

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