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Critiques / Opéra & Classique

La Traviata de Giuseppe Verdi

par Jaime Estapà i Argemí

Le nouveau Liceu souffle quinze bougies.

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Le « Gran Teatre del Liceu » fêtait ce soir-là le 15ème anniversaire du « Nou Liceu » (« Nouveau Liceu »). Rappelons que l’ancien Liceu a brûlé le 31 janvier 1994 et qu’il a fallu cinq bonnes années pour d’abord décider où et comment il fallait le reconstruire et ensuite pour en assurer la construction. Pendant les travaux, les démonstrations positives en faveur du nouveau théâtre de la part des barcelonais, même de ceux qui n’y avaient jamais mis les pieds, furent nombreuses et sincères.

Ce 14 octobre le « tout Barcelone » était donc là pour célébrer l’évènement. On y a vu nombre de personnages politiques, Artur Mas, le Président du gouvernement catalan en tête. (La date du 9 novembre prévue pour la consultation sur l’éventuelle indépendance de la Catalogne n’étant pas loin). Etaient présents aussi des célébrités de la TV, de la radio, de la presse et autres « people ». Seuls les footballeurs du Barça se sont, par bonheur abstenus, car si Lionel Messi s’était montré, on ignore ce qui aurait pu se passer…

Une nuit magique ?

On aura donc rarement vu le Liceu dans une telle effervescence : pas un seul siège de libre ; ni à l’orchestre, ni dans les étages, (loges et sièges sans visibilité compris). Ajoutons que l’affiche présentait La Traviata une (la ?) pièce de référence des amants du lyrique de Barcelone. On peut comprendre dans ces conditions l’état d’excitation de ce public, certes composite, mais vibrant à l’unisson à l’idée d’un Liceu nouveau et debout depuis une décennie et demi, prêt à offrir une œuvre connue et aimée, avec un arrière-plan politique, certes incertain mais plein d’espoir pour la majorité des assistants. Tout le monde souhaitait donc que la nuit musicale, politique, people, pleine d’émotion en somme, fût inoubliable. On peut espérer que la douche froide qui s’en suivit sera vite oubliée.

Des déclarations du metteur en scène peu respectées.

« A l’époque les réceptions étaient modestes » a déclaré David Mc Vicar se référant au mode de vie réel des parisiens, même aisés, avant 1848, date de publication du roman d’Alexandre Dumas fils, faisant ainsi penser que le décor et les costumes seraient modestes et en retrait par rapport au grand luxe que l’on a vu maintes fois dans le salon et la villa de Violetta Valéry. La décoratrice et costumière –Tanya McCallin-, ignorant sans doute les orientations du directeur de scène, a concocté un décor somptueux, où l’abondance de rideaux sur la scène mit à l’épreuve la capacité pulmonaire et le diaphragme des solistes. Les costumes élégants et luxueux, dignes de la célèbre mise en scène –au théâtre et au cinéma- de Franco Zeffirelli, ont situé l’action en plein milieu du Second Empire (1850-70), confusion d’époques très classique chez les metteurs en scène de tout bord. Pire, les danseuses de « French cancan » ont même transporté l’action à la « belle époque » !

Dans la fosse et sur la scène

Après une ouverture plutôt réussie, Evelino Pidó s’est contenté de battre la mesure, tant l’orchestre de la maison peut naviguer seul et sans encombre à travers de la partition de Giuseppe Verdi qu’il aurait déjà jouée plus de deux cents fois depuis la première au Liceu en 1855. Le chœur, bien préparé par Peter Burian, s’en est, lui, sorti avec la mention « très bien » en toute circonstance. Les solistes, en revanche, ne se sont pas montrés à la hauteur de l’évènement.

Que ce fût à cause de la mise en scène –un premier acte quelque peu brouillon- mais aussi de leur manque de qualité intrinsèque, les personnages secondaires ont tous été inexistants sauf peut-être Miren Urbieta Vega –Annina- qui s’est un peu mise en avant au 3ème acte. Vladimir Stoyanov a interprété un Germont sans la moindre consistance vocale et sans l’autorité que demande le rôle. Il a été très abusivement applaudi par le public ce qui semble compréhensible seulement si l’on tient compte de l’ambiance euphorique qui régnait dans la salle. Charles Castronovo a incarné un Alfredo hésitant et sans personnalité ; il s’est quelque peu affirmé par la suite grâce à un public bien disposé. Le jeune ténor possède un timbre viril et de la puissance vocale mais il a aussi donné à tout instant l’impression de se soucier beaucoup plus de ce qu’il allait chanter que du personnage qu’il était censé interpréter : on peut dire qu’il a chanté ce qu’il savait sans savoir ce qu’il chantait. Dans ce désert vocal et dramatique, sans aucun appui sur la scène, Patricia Ciofi a à peine tiré son épingle du jeu –comment aurait-elle pu faire mieux ?- grâce à sa connaissance du rôle et à son grand professionnalisme. Elle a expédié le grand air du premier acte et manifestement n’est pas tombé amoureuse d’Alfredo –et pour cause-. Ce n’est qu’à partir de son dialogue (plutôt monologue) avec Germont et ensuite avec Alfredo qu’elle a réussi à nous émouvoir dans certaines interventions (« Dite alla giovine », « Amami Alfredo » !). Elle a conclu de belle manière un troisième acte, seule en scène, ceci expliquant cela car, comme dit la voix populaire parfois mieux vaut être seul que mal accompagné.

La Traviata, opéra en trois actes de Giuseppe Verdi, livret de Francesco Maia Piave d’après La dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils. Mise en scène de David McVicar. Direction musicale Evelino Pidó. Chanteurs Patricia Ciofi, Gemma Coma-Alabert, Miren Urbieta Vega, Charles Castronovo, Vladimir Stoyanov, Jorge Rodriguez-Norton, Toni Marsol, Marc Canturri, Iosu Yeregui, Josep Lluis Moreno .

Gran Teatre del Liceu les 14, 15, 17, 18, 20, 21, 23, 24, 26, 28 et 29 octobre 2014.

Coproduction GTL, Scottish Opera, Welsh National Opera et Teatro Real de Madrid.

+34 93 485 99 29 Fax +34 93 485 99 18

http://www.liceubarcelona.com exploitation liceubarcelona.cat

Photos : A. Bofill.

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