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Critiques / Opéra & Classique

La Traviata de Giuseppe Verdi

par Caroline Alexander

Marina Rebeka, la belle découverte d’une reprise sans surprise

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Il y a des reprises qui s’imposent par la justesse de leur créativité, Les noces de Figaro de Mozart par Giorgio Strehler ou le Faust de Gounod par Jorge Lavelli rejoués durant plusieurs décennies en restent les meilleurs exemples. D’autres se prétendant novatrices sans y parvenir sont remises à l’affiche grâce à une distribution de stars étoilées.

Cette Traviata relue en 2014 par le cinéaste-metteur en scène Benoit Jacquot n’avait guère convaincu (voir WT du 6 juin 2014) et son retour sans véritable tête d’affiche pour les cinq premières représentations (les trois dernières afficheront Anna Netrebko et Placido Domingo) aurait pu se heurter à une indifférence du public. Il n’en est rien. Le destin de la pauvre dévoyée que Verdi illustra d’une musique au romanesque pathétique et qui, sitôt entendue, s’incruste dans toutes les mémoires, attire les foules comme un aimant.

Elle permet aussi, quelle que soit sa réalisation, de partir à la découverte de voix. Ce fut le cas déjà lors de sa première reprise pour la soprano albanaise Ermonela Jaho ( voir WT du 11 septembre 2014). C’est au tour cette fois de Marina Rebeca soprano lettonienne de faire ses débuts à L’Opéra de Paris et d’y conquérir un auditoire enthousiaste. Elle est une Violetta fragile, un rien paumée par ce qui lui arrive, son jeu discret émeut, sa voix aux vocalises fleuries atteint des altitudes qui font frissonner. Son Alfredo de cœur et d’âme est joué-chanté par le ténor kosovar Rame Lahaj, qui n’impose pas une présence rayonnante mais il est jeune, il est vif, son timbre est coloré de demi-teintes soyeuses et ses aigus sont assurés sans emphase. Baryton né en Ukraine, Vitaliy Bilyy connait le plateau de la maison Bastille où il fut distribué trois fois en 2016 (dans Cavaliere Rusticana, Aida, Il Trovatore), il y est visiblement à l’aise en noble et distant Germont père auquel, d’une voix homogène il assure une belle autorité.

Belle tenue pour tous les seconds rôles, Isabelle Druet/Annina dévouée, Tomislav Lavoie/docteur Grenvil, Julien Dran, Philippe Rouillon, Tiago Matos…

Le chef israelien Dan Ettinger retrouve avec bonheur un orchestre qu’il a souvent dirigé (pour Tosca, la Cerisaie, le Couronnement de Poppée…). Il lui communique sa belle robustesse, ses cadences agiles, son art de faire valser les tempi comme au bal.

Grâce à lui, grâce aux interprètes, on retrouve sans trop d’ennui les détournements de la mise en scène de Benoît Jacquot, le lit à baldaquin géant du premier acte surplombé de la célèbre Olympia peinte par Manet, le deuxième acte bâtard avec son plateau divisé en deux espaces : côté jardin un arbre du parc supposé de Violetta et côté cour l’escalier censé représenter le salon de Flora et où l’action et les ballets se déroulent inutilement massés, le troisième et le final qui reprend le décor du premier acte mais le lit y est devenu un lit de camp et le tableau de Manet git à terre emballé comme pour une vente.

Les bohémiennes figurées par des danseurs et les toréadors exécutés par des danseuses colorent l’ensemble d’une note d’humour bienvenue.

La Traviata de Giuseppe Verdi, livret de Francesco Maria Piave d’après La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils, orchestre et chœurs de l’Opéra National de Paris, direction Dan Ettinger, chef des chœurs Alessandro di Stefano, mise en scène Benoît Jacquot, décors Sylvain Chauvelot, lumières Andé Diot, chorégraphie Philippe Giraudeau. Avec Marina Rebeka (et Anna Netbreko les 21, 25, 28 fév.) Virginie Verrez, Isabelle Druet, Rame Lahaj (et Charles Castronovo les 21, 25, 28 fév.) Vitally Bilyy (et Placido Domingo les 21, 23 , 28 fév.), Philippe Rouillon, Tiago Matos, Tomislav Lavoie, John Bernard, Christian Rodrigue Moungoungou, Pierpaolo Palloni.

Opéra Bastille, les 2, 5 , 8, 17, 21, 28 février à 19h30, les 11 & 25 février à 14h30

08 92 89 90 90 - +33 1 71 25 24 23 – www.operadeparis.fr

Photos Emilie Brouchon – Opéra national de Paris

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