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Critiques / Théâtre

La Tempête de Shakespeare

par Gilles Costaz

Prospero à Ouagadougou

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C’est une belle histoire, que celle de ce spectacle. Thierry Roisin l’a mis en scène d’abord à l’Institut français de Ouagadougou puis au Carrefour international de théâtre de Ouagadougou (CITO), en novembre 2015. Depuis, il tourne en France – nous l’avons vu au Centre dramatique de Normandie, au théâtre de la Foudre, à Petit-Quevilly, sous la houlette de David Bobée, très admiratif. C’est une vraie collaboration puisque la distribution est franco-burkinabée, avec une majorité d’acteurs de Ouagadougou, et une implication élargie avec des partenaires locaux : le rideau du fond est composée de milliers de capsules de bouteilles associées par des artisans de la ville ! Les répétitions n’ont pas été faciles. Un coup d’état vite écrasé a fait retentir le bruit des armes à feu, et la température dépassait les 40 degrés !
La pièce de Shakespeare a des résonances évidemment contemporaines. Roisin estime, par exemple, que le personnage de Prospero peut faire penser à Mandela, homme de la réconciliation entre les adversaires. Surtout, la trame de rivalités, de conflits, peut renvoyer aux querelles qui ont agité le Burkina Faso. Et Thomas Sankara, président du pays (qui fut assassiné en 1987), se référait même à la pièce de Shakespeare et au personnage de Prospero !
La Tempête, c’est une fable. Roisin l’a montée dans cet esprit-là, en lui donnant des couleurs non-occidentales et en faisant appel parfois à une drôlerie populaire du Burkina (l’un des acteurs, Ousmane Bamogo, est un humoriste très connu dans son pays). Il s’est souvenu du passé colonial et de ses empreintes en confiant les rôles de dominateurs aux acteurs français. Pour incarner Ariel, il a accouplé deux acteurs, une femme et un liliputien. La soirée comporte donc pas mal de surprises ! Pleine d’idées, elle est cependant assez longue à trouver son rythme. Mais elle l’atteint quand, d’une manière nerveuse et fantaisiste, des individus extravagants surgissent dans un climat de fête. Et elle trouve toute sa profondeur dans l’interprétation d’un Prospero noir par l’excellent et touchant Charles Wattara.

La Tempête de Shakespeare, mise en scène de Thierry Roisin, adaptation de Thierry Roisin et Anne-Marie Venel, scénographie de Mathieu Lorry-Dupuy, costumes de Véronique Leyens, éclairages de Christian Dubet, musique de Valentin Ceccaldi, avec Ousmane Bamogo, Christophe Bilal, Didier Dugast, Safourata Kaboré, Amado Komi, Gilles Ostrowsky, Natalie Royer, Philippe Smith, Mahamadou Tindano, Charles Wattara, Rémi Yamégo, Paul Zougrana, et les musiciens Marcel Balbone, Valentin Ceccadi.

Le Bateau Feu, Dunkerque, 4-5 février. Comédie de Béthune , 24, 25 et 26 février. (Durée : 2 h).

Photo DR.

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