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Critiques / Théâtre

La Solitude du coureur de fond d’Alan Sillitoe

par Gilles Costaz

L’envol du voleur

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Le livre d’Alan Sillitoe est célèbre, le film qui en a été tiré aussi. La transposition au théâtre de la nouvelle qui donna son titre au recueil n’en était que plus délicate car, en plus des problèmes du changement de langage, l’implication physique s’annonçait comme une difficulté extrême. C’est d’ailleurs un texte sur le sport et contre le sport, un hommage à la noblesse des sportifs et une machine de guerre contre certaines utilisations. L’ouvrage de Sillitoe est donc un tableau social complexe. Le jeune homme qui se raconte, un pauvre des faubourgs de l’Essex, a commis un cambriolage et s’est retrouvé dans une maison de correction. Là, il se révèle comme un athlète exceptionnel. Le voleur trouve là une forme d’envol. Le directeur de l’établissement l’inscrit dans une grande course nationale ; son éventuelle victoire apportera un peu de gloire à la maison de redressement. Le jeune homme prend le départ, lâche tous les concurrents, mais il ne veut pas cautionner le système pénitencier dont il est un symbole. Alors va-t-il gagner la course, ou bien la perdre, volontairement ?
Patrick Mons, en champion de la scène, a tout pris en main : l’interprétation et une mise en scène qui utilise un plateau nu, où s’inscrivent parfois des images vidéo noir et blanc. Un musicien, Esaïe Cid, rejoint l’acteur ou s’en éloigne, assurant un tempo très jazzy. Patrick Mons, maillot bleu délavé, short fin de série, joue le coureur de fond en courant, sans s’essouffler, tout en disant le texte. Il s’arrête parfois de faire ses foulées, mais la part du jeu athlétique est considérable. C’est un exploit, qui repose sur une énorme préparation. Les recordmen du théâtre sportif, Jacques Bonnaffé dans 54x13 de Jean-Bernard Pouy et Sami Frey dans Je me souviens de Georges Perec (deux spectacles sur le vélo, mais dans d’un effort comparable), peuvent se rhabiller. Ils sont dépassés ! Patrick Mons va plus loin dans l’engagement, joue sans épuisement apparent, a de forts beaux déplacements – comme s’il était filmé, cadré, comme si l’image bougeait comme à l’écran -, surtout incarne très bien le prolétaire blessé, courant pour lui-même et contre le mensonge idéologique. Comme est belle, cette course sur quelques mètres carrés !

La Solitude du coureur de fond d’après Alan Sillitoe, mise en scène et interprétation de Patrick Mons, musique d’Arthur Edward Pepper interprétée en direct par Esaïe Cid, vidéo de David Cid, lumière de Yann Le Bras et Hector Lemerle, son de Guillaume Billaux.

Petit-Hébertot, 19 h du mercredi au samedi, tél. : 01 42 93 13 04, jusqu’au 26 avril. (Durée : 1 h 15).

Photo Toptheshooter.

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