Accueil > La Révolte de Villiers de L’Isle-Adam

Critiques / Théâtre

La Révolte de Villiers de L’Isle-Adam

par Gilles Costaz

L’heure des comptes

Partager l'article :

Faire les comptes dans la nuit au lieu de s’aimer, c’est le bonheur du banquier de La Révolte. Il a une femme parfaite. Elle sait compter et faire fructifier les acquis. Ce soir, précisément, il éprouve le besoin de la féliciter : elle a su augmenter sa fortune mois après mois. Le mariage a du bon ! Mais, ce soir, l’épouse n’est pas d’humeur docile. La rébelion gronde en elle, secrètement, sournoisement. Si elle envoyait paître son mari, son argent et leur enfant ? Pour la première fois de sa vie, elle ose dire la révolte qu’elle a en elle. Le mari est sidéré : une bourgeoise qui défie son époux et menace de claquer la porte ? En effet, elle a commandé une calèche. Elle va partir...
La pièce de Villiers de L’Isle-Adam est stupéfiante. Elle est de 1870, alors que Maison de poupée d’Ibsen, qui conte une histoire assez proche, est de 1879. La révolte est peut-être moins absolue chez Villiers, mais quelle lucidité, quelle avance sur son époque chez l’auteur de L’Eve future ! Après les mises en scène d’Alain Ollivier et Marc Paquien, très attachées au contexte de la fin du XIXe siècle, voici la mise en scène de Salomé Broussky qui, au contraire, place l’action aujourd’hui et compresse le texte en un moment tendu, sans échappatoire. Un bureau, deux chaises, un mur blanc : l’homme fatigué a desserré sa cravate ; elle reste élégante, dans son chemisier imprimé aux couleurs mauves et noires. Elle est un peu raide, attentiste, secrète, avec mille frémissements tenus en laisse. Le moment de dire sa vérité est venu ! Ce spectacle est très réussi. Salomé Broussky noue le rapport entre les deux personnages dans le souci invisible mais permanent de ce qu’il y a de plus essentiel. Dimitri Storge incarne avec justessse un banquier fermé sur lui-même et sur sa caste en allant de la certitude à la perplexité, sans le noircir, en lui gardant sa criminelle innocence. Maud Wyler donne au personnage de la femme une très belle flamme intérieure. Elle ne bouscule pas la phrase très littéraire de Villiers de L’Isle-Adam mais s’appuie sur elle pour ne pas partir dans un jeu d’excès ou d’explosion. Elle parvient à être dans la retenue et le tranchant à la fois, distante et présente en même temps. Le spectacle donne la sensation de ces belles miniatures où l’économie des moyens emporte plus loin que le langage multiple des grands tableaux.

La Révolte de Villiers de L’Isle-Adam, mise en scène de Salomé Broussky, lumières de Dominique Borrini, avec Dimitri Storoge, Maud Wyler.

Les Déchargeurs, 21 h 30 du mardi au samedi, tél. : 01 42 36 00 50, jusqu’au 9 décembre. (Durée : 1 h 10).

Photo iFou.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.