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Critiques / Théâtre

La Révolte d’Auguste Villiers de l’Isle-Adam

par Corinne Denailles

Une pièce d’avant-garde

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La Révolte (1870) de Villiers de l’Isle-Adam évoque immédiatement Une maison de poupée d’Ibsen qui sera publiée quelques années plus tard en 1879. Même milieu bourgeois étouffant de conformisme, même type de femmes étouffant sous le joug conjugal et aspirant à la liberté. Chez Ibsen Nora partira vraiment au terme d’une explication violente au cours de laquelle elle fait des reproches similaires à ceux que fait l’Elisabeth de La Révolte ; elles attendaient toutes deux que la relation conjugale soit authentique, que leur conjoint les respectent et les considèrent comme une personne à part entière et non comme une poupée ou une bonne comptable et accessoirement une sage épouse comme Félix le déclare à Elisabeth. Nora va au bout de sa révolte alors qu’Elisabeth flanche et rentre au foyer, convaincue qu’il est trop tard, « qu’elle est ce qu’elle est devenue ». Avant de quitter brutalement son mari ahuri et incrédule, elle lui explique comment, renonçant à ses rêves, elle avait décidé, pour solde de tous comptes, de gérer si bien les affaires financières de son banquier d’époux qu’elle multiplierait conséquemment sa fortune et, ne lui devant plu rien, pourrait alors s‘envoler vers la vraie vie. Femme de tête et véritable utopiste, Elisabeth se soumet durant onze années à l’autorité de Félix jusqu’à cette soirée fatidique.
Le comte Auguste Villiers de l’Isle-Adam voulait renouveler le théâtre, sortir du vaudeville et du mélodrame. Avec cette pièce en un acte d’avant-garde, admirablement écrite, il pressent les craquements de l’époque et les révolutions en marche. Il s’avance sur le chemin du futur Parnasse poétique, du symbolisme de Mallarmé qui sera son ami. Le dramaturge fréquente Baudelaire, admire Poe et Flaubert. Il annonce surtout le théâtre moderne du début du XXe siècle et le féminisme.
La mise en scène de Charles Tordjman joue la sobriété dans une belle scénographie très graphique de Vincent Tordjman qui évoque les tableaux du peintre danois Hammersøi. Avec Olivier Cruveiller, le banquier Félix confit dans sa routine bourgeoise frise le ridicule ; éberlué, sans voix, il ne comprend rien à la situation et a l’impression que le ciel lui tombe sur la tête, que tout ça n’est qu’une mauvaise blague. Et pire, quand sa femme revient à 4 heure du matin, il s’imagine que tout est rentré dans l’ordre, que la tempête absurde est passée et qu’elle a recouvré la raison. Julie-Marie Parmentier est magnifique dans le rôle d’Elisabeth ; soumise et glaçante dans son rôle d’épouse rangée, corsetée au sens propre et figuré ; exaltée, habitée d’une ferveur incandescente quand elle explose (« je meurs vivante ») et parle en termes poétiques de sa vie rêvée, impressionnante de désespoir et de renoncement, visage pâle et juvénile, impavide, économe de gestes, résignée à une existence de morte-vivante pour avoir trop attendu son heure. Une pièce d’une vraie modernité qui pose la question du couple et plus largement de la liberté.

La Révolte d’Auguste Villiers de l’Isle-Adam ; mise en scène Charles Tordjman ; avec Julie-Marie Parmentier et Olivier Cruveiller ; scénographie, Vincent Tordjman ; lumières, Christian Pinaud ; costumes, Cidalia Da Costa ; musique, Vicnet. Au Théâtre de poche à 21h. Durée : 1h05. Résa : 01 45 44 50 21.

Photo Pascal Victor

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