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Critiques / Théâtre

La Résistible Ascension d’Arturo Ui de Bertolt Brecht

par Corinne Denailles

Les mains sales

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Inévitablement on voit dans cette pièce une référence à l’actualité : montée des extrêmes, corruption à tous les étages, parfum des années 1930. Ecrite en 1941, alors que Brecht est en exil en Finlande, en attendant son départ pour les Etats-Unis, la pièce met en parallèle une sombre histoire de gangsters à Chicago et la montée du nazisme pour montrer, au-delà de la parabole, que les méthodes politiques fondées sur la manipulation et la corruption n’ont rien à envier à celles de la mafia et mettre en lumière le recours au spectacle, plus exactement au spectaculaire, au service du pouvoir. D’ailleurs Arturo Ui prend des leçons de théâtre – qui donnent lieu à des scènes très drôles, avec Michel Vuillermoz en professeur ivre, costumé tels les petits maîtres du Bourgeois Gentilhomme – pour les mettre en pratique immédiatement. Dans ce rapprochement entre deux mondes, Hitler apparaît comme un mafieux crapuleux (pléonasme) et il ressort que les affaires d’état ne valent pas mieux que les tractations grotesques et meurtrières menées par le trust du chou-fleur à Chicago. C’est dire si la dérision a sa part dans l’histoire.

Le metteur en scène Katharina Thalbach est née dans le sérail. Fille de la comédienne Sabine Albach (qui a joué dans Arturo Ui) et de Benno Besson (co-fondateur du Berliner ensemble avec Brecht), elle a grandi au Berliner ensemble et connaît l’œuvre de Brecht comme personne. Dans un souci de fidélité, sa mise en scène ne prend pas de grandes libertés : esthétique en noir et blanc, esprit de foire et de cabaret, musiques populaires, didactisme (les étapes historiques de la montée du nazisme sont exhibées sur des panneaux noirs), expressionnisme, visages grimés de blanc, irruption du burlesque et du théâtre (les comédiens se présentent alignés sous les masques et les costumes de Hitler, Goebbels, Göring et Hindenburg qu’ils arrachent pour révéler les costumes de leurs alter ego, gangsters de Chicago : Arturo Ui, Gobbola, Gori, Hindsborough ; l’impressionnante scénographie (souvenir d’un spectacle précédent) de XXX, est très efficace. Le plateau incliné à 40e, sur lequel est représenté un quartier de Chicago, contraint les comédiens à un jeu très physique, tels des funambules constamment menacés par la chute ; une imposante toile d’araignée noire se dresse à l’avant-scène, symbole ultra signifiant des rets dans lesquels se prennent les victimes (on peut y voir les réseaux sociaux actuels par lesquels circulent les informations de toutes natures, vérités et « fake news » et qui nous prennent dans leur toile).
Un spectacle sans surprises mais parfaitement cohérent, rythmé et servi par des comédiens tous impeccables avec une mention spéciale pour Laurent Stocker qui est un incroyable interprète d’Arturo Ui, grondant et sautillant, terrifiant et terriblement comique, clairement et brillamment inspiré du Dictateur de Chaplin.

La Résistible Ascension d’Arturo Ui de Bertolt Brecht, Traduction : Hélène Mauler et René Zahnd. Mise en scène : Katharina Thalbach. Scénographie et costumes : Ezio Toffolutti. Lumières : François Thouret. Travail chorégraphique : Glysleïn Lefever. Son : Jean-Luc Ristord. Arrangements musicaux : Vincent Leterme. Avec Thierry Hancisse, Éric Génovèse, Bruno Ra aelli, Florence Viala, Jérôme Pouly, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nicolas Lormeau, Jérémy Lopez, Nâzim Boudjenah, Elliot Jenicot, Julien Frison et les comédiens de l’Académie Marina Cappe, Tristan Cottin, Ji Su Jeong, Amaranta Kun, Pierre Ostoya Magnin, Axel Mandron.

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