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La Queue du mickey d’Eric Verdin det Florence Muller

par Gilles Costaz

Le mythe du bonheur

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Trois personnes à l’air fêlé et obsessionnel se déclarent à la recherche du bonheur. Ils se définissent d’ailleurs comme des « malheureux anonymes ». Arrive un quatrième individu, le visage fermé, dans une attitude de passant crispé sur son statut social puisqu’il ne lâchera jamais la valise qu’il porte, même lorsqu’il sera soumis aux plus imprévisibles contorsions. Malgré son comportement un peu distant, il entre dans la danse. Tous cherchent le bonheur et ils ont des formules pour l’attraper : celles des ateliers où, en groupe, on pratique des exercices, s’accroche à des formules, se complimente de s’être dépassé, d’avoir cassé ses blocages et d’avoir bien oeuvré pour soi-même et pour les autres. Le mythe du bonheur est une grande obsession des temps modernes. Il est ici attrapé à son niveau le plus risible !
C’est plutôt, d’ailleurs, la « queue du mickey » qu’on veut saisir ici, comme dans les manèges où l’on bénéficie d’un petit avantage si l’on s’empare de cette torsade suspendue avant que le tour ne prenne fin. Le comique du spectacle, qui n’en manque, qui en regorge même, repose sur le contraste entre l’esprit de sérieux de ces utopistes au petit pied et le ridicule de leurs propos et de leurs gestes.
La soirée imaginée par Florence Muller et Eric Verdin, mise en scène joyeusement par Verdin, fonctionne par vagues, le quatuor se précipitant après chaque idée émise dans une hilarante locomotion chaloupée à travers le plateau. Une grande photographie de Jacqueline Kennedy, cartonnée, sur pied, est la référence du bonheur à laquelle chacun se réfère : mais la photo n’est pas celle de Jackie ! On est en pleine dinguerie, sans qu’on perde de vue le thème central et unique de la félicité. Portant des perruques de travers et des chemises bariolées, les quatre acteurs, Pierre Hiessler, Yann de Monterno, Florence Muller (qui est aussi le co-auteur) et Luc Tremblay, sont des champions du burlesque parlé. Eric Verdin et Florence Muller récidivent avec brio après le succès de leur Beauté, recherche et développement. Ce n’est pas encore tout à fait parfait. Il faut sans doute mieux tenir le fil, hausser la satire. Mais ce miroir de nos folies est déjà goguenard à souhait.

La Queue du Mickey d’Eric Verdin et Florence Muller, mise en scène d’Eric Verdin avec Pierre Hiessler, Yann de Monterno, Florence Muller, Luc Tremblay.

3 Soleils, Avignon, 20 h 40. Texte aux éditions Actes Sud Papiers.

Photo Rémy Perthuisot.

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