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Critiques / Opéra & Classique

La Princesse Légère de Violeta Cruz

par Caroline Alexander

Premier envol vers l’opéra…

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Elle plane, elle vole, elle se moque de tout sans jamais poser pied sur terre. Ainsi en a décidé sa marraine, méchante sorcière, sœur de son père le Roi, jalouse du cadeau que lui a fait la nature : la naissance d’un enfant si longtemps désiré, si longtemps attendu.

C’est un conte, un conte de fée vilaine imaginé et mis en musique par Violeta Cruz, 32 ans, compositrice colombienne ayant fait ses classes au Conservatoire de Paris et à l’IRCAM, école dont elle a tiré les sonorités électro-acoustiques qu’elle aime parsemer dans ses œuvres et en faire des objets sonores où le son et la matière se marient en bonne entente.

Dans le cadre de son festival « Folies de jeunesse » destiné aux spectateurs en herbe, l’Opéra Comique a passé commande à des compositeurs d’aujourd’hui. Violeta Cruz y remporte la palme de la réussite avec ce voyage céleste inspiré d’un conte de l’écrivain et pasteur britannique George MacDonald qui fut l’ami de Lewis Caroll. Le metteur en scène et dramaturge Gilles Rico en signe un livret aux répliques aussi aériennes que les ailes invisibles de son héroïne.

Voilà donc, mis en musique et en images le destin d’une princesse qu’un maléfice cruel a privé de gravité… dans tous les sens du terme. Non seulement elle est inapte à se poser sur le sol de la terre, elle l’est aussi pour prendre au sérieux quoique ce soit de la vie. Tout l’amuse, elle rit de tout, légère de corps et de tête au grand désespoir de ses parents géniteurs. Seule une succession de métamorphoses aventureuses et l’amour d’un prince forcément charmant auront raison de sa malédiction. Ses premières larmes signeront sa guérison !

La musique de Violeta Cruz navigue sur une multitude d’inspirations et registres : le jazz s’y faufile parmi des citations miniatures à la Flûte enchantée de Mozart, aux Contes d’Hoffmann d’Offenbach. Janacek et sa Petite renarde rusée, l’Enfant et les sortilèges de Ravel pointent aussi, ici et là, quelques sonorités de référence. Sous la direction franche et précise de Jean Deroyer, le jeune ensemble Court-Circuit cisèle la partition en parfaite netteté. Jos Houben, qui connait toutes les recettes du rire et l’experte en danses Emily Wilson scellent une mise en scène gavée de trouvailles, de drôlerie et de poésie .

Rousse depuis ses cheveux frisottés jusqu’à ses chaussons, leur princesse incarnée par l’effilée, l’élastique Jeanne Crousaud charrie une présence irréelle, tandis que ses parents – Majdouline Zerari/la Reine et Nicolas Merryweather/le Roi imposent à l’inverse des énergies bien terre à terre et des voix joliment accordées, celle, aux graves pulpeux de la première ricochant sur la clarté du second . Jean-Jacques L’Anthöen glisse malicieusement du rôle de narrateur à la fois facétieux et bonhomme à celui plus poétique du prince amoureux. Diction perlée et timbre ombré, il joue et chante avec le même aplomb. Guy-Loup Boisneau et Kate Colebrook jouent les Frégolis lyriques en devenant tour à tour docteur, page, sorcière, nourrice.

Six représentations de cette petite perle lyrique ont clôt en beauté ce premier festival initiateur à l’opéra.

La princesse légère de Violeta Cruz, livret de Gilles Rico d’après Georges MacDonald. Ensemble Court- Circuit, direction Jean Deroyer, mise en scène Jos Houben et Emily Wilson, décors et costumes Oria Puppo, lumières Nicolas Simousin, magicien Carmelo Cacciato. Avec Jeanne Crousaud, Majdouline Zerari, Jean-Jacques L’Anthöen, Nicholas Merryweather, Kate Colebrook, Guy-Loup Boisneau. Et les musiciens de scène Alexandra Greffin6Klein (violon) Jean-Etienne Sotty (accordéon) et Bogdan Sydorenko (clarinette) .

Opéra Comique, les 9 mars (10 & 20h), 10 mars (15 & 20h) 11 mars (11 & 16h).
0825 01 01 23 – www.opera-comique.com

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