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Critiques / Théâtre

La Poupée sanglante d’après Gaston Leroux

par Gilles Costaz

Cabaret-roman

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La Poupée sanglante est l’un des romans de Gaston Leroux où l’inspiration fantastique est la plus forte. L’énigme est aux portes de l’horreur, du sanguinolent, du terrifiant ! Nous sommes à Paris, sur l’île Saint-Louis, en 1923.Une jeune fille qui paraît exemplaire a une étrange fréquentation, un être dont les apparitions sont toujours fugitives. De quoi rendre fou de jalousie un jeune homme un peu difforme à laquelle, pourtant, la belle n’est pas insensible. Tout avance, tout progresse dans un calme précaire jusqu’à ce que la violence explose. Les jeunes gens vont s’aimer. Mais nos héros reçoivent des coups, des marques, à mloins qu’is soient les auteurs de ce sagressions. Le corsage blanc de la jeune femme est rouge de sang ! Comment s’en sortiront-ils ? Et qui est cet homme séduisant et à moitié invisible dont le fonctionnement ne paraît pas totalement humain ?
Le suspens, chez Leroux, est toujours accompagné d’un humour discret – l’humour de ces grands romanciers populaires qui savent embarquer loin leur lecteur sans être dupes de l’apparente folie qu’ils construisent. Didier Bailly et Eric Chantelauze, dans leur adaptation, ont beaucoup gardé et même amplifié ce deuxième degré. Ils ne sont pas dupes, eux non plus. Ils s’amusent, tout en conservant les savants zigzags des rebondissements mis en place par l’auteur. Mais l’on est dans le dedans-dehors : les acteurs jouent les épisodes et, parfois, ils en sortent. D’ailleurs, ils changent de personnage à vue, sans cacher l’artifice de cette transformation. D’ailleurs, ils passent à l’avant-scène pour pousser la chansonnette, chanter des couplets qui accentuent le drame et le comique du drame pris dans sa plaisante énormité. Sans vouloir trouver à Bailly et Chantelauze un talent digne de Desnos qui, on s’en souvient, écrivit brillamment La Complainte de Fantômas (en hommage à d’autres grands feuilletonnistes, Souvestre et Allain), force est d’applaudir ces chansons qui sont drôles et savoureuses.
La mise en scène de Chantelauze marque bien les tempos, mène cette agitation avec le minimum de déplacements, équilibre parfaitement la part des mots, des gestes et de la musique, tire le meilleur parti d’un espace minimal. Dans ses tenues des années folles, Charlotte Ruby associe l’aplomb et le charme. Edouard Thiebaut joue suggère l’amour et la laideur très finement. Alexandre Jérôme se dédouble en homme rêveur et en costaud passionné. Didier Bailly, étant le compositeur de la soirée, s’est donné le rôle du pianiste et quelques autres fonctions en champion du cabaret-roman. Ils ont tous deux ou trois cordes à leur arc. Ils interprètent le plus plaisant et le plus malin spectacle de l’été.

La Poupée sanglante d’après Gaston Leroux, une comédie musicale de Didier Bailly et Eric Chantelauze, mise en scène d’Eric Chantelauze, décor d’Erwan Creff, costumes de Julie Allègre, chorégraphie de Cécile Bon, lumières de Laurent Béal, son de Fred Fresson, avec Charlotte Ruby, Didier Bailly, Alexandre Jérôme, Edouard Thiebaut.

Théâtre de la Huchette, 21 h, tél. : 01 43 26 38 99, tout l’été. (Durée : 1 h 40).

Photo Fabienne Rappeneau.

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