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Critiques / Théâtre

La Place Royale de Pierre Corneille

par Jean Chollet

Tortueux chemins de l’amour et de la Liberté

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Sous-titrée l’Amoureux extravagant , cette comédie de jeunesse de Corneille en cinq actes et alexandrins, fut créée en 1636 au Théâtre du Marais. Elle constitue un chassé croisé des sentiments articulé autour de deux jeunes aristocrates. Angélique et Alidor s’aiment, mais ce dernier ne peut se résoudre à envisager un mariage qui signifierait à ses yeux la perte de sa liberté. Aussi, manœuvre – t-il afin qu’Angélique se donne à son ami Cléandre, et, pour la convaincre, lui communique une fausse lettre d’amour qu’il aurait adressée à une certaine Clarine. L’échec de cette tentative introduit une intrigue mouvementée, pleine de rebondissements, dans laquelle la présence et les agissements des personnages qui entourent le couple, Phylis, amie d’Angélique éprise d’émancipation, et son frère Doraste, contribuent à un dénouement amer pour les deux amants.

Comédie ? Sous la conduite de François Rancillac la pièce prend surtout l’aspect d’une fable philosophique. Peut – on être libre et amoureux ? A vouloir tout gagner en amour, risque –t-on de tout perdre ? Et, plus largement, comment conserver au delà de toute vanité son libre arbitre dans l’expression de la condition humaine. La mise en scène bien articulée, s’exprime surtout dans la direction d’acteurs qui portent une langue magnifique, avec respect ou légèreté calculée, en véhiculant la modernité du propos.

La situation liée au titre de la pièce était un lieu de rencontre parisien de l’aristocratie au XVIème, dont la scénographie de Raymond Sarti évacue judicieusement la référence anecdotique. Dans un espace composé successivement d’un sol – tapis, dont l’aspect minéral porte une dimension symbolique, puis d’une représentation d’un parquet d’époque, ces aires de jeu sont bordées sur leurs deux côtés de tables et miroirs de maquillages qui renvoient à une allusion du théâtre dans le théâtre. Leur localisation et leur proximité permettant aux comédiens d’intégrer le jeu ou de l’interrompre dans une continuité propice à la fluidité de la représentation. Sous les lumières de Marie-Christine Soma, les interprètes font preuve d’une vitalité adaptée à l’expression des personnages, en accompagnant les fluctuations de leurs sentiments et mensonges, contradictions ou machinations. Dans cet exercice, on retiendra en priorité les prestations de Hélène Viviés, élégante et digne Angélique, et de Linda Chaïb dont les accents pétillants et la gestuelle répondent à la personnalité de Phylis.

La Place Royale de Pierre Corneille, mise en scène François Rancillac, avec Christophe Laparra, Hélène Viviès, Linda Chaïb, Assane Timbo, Nicolas Senty, Antoine Sastre. Scénographie Raymond Sarti, lumière Marie-Christine Soma, costumes Sabine Siegwalt, maquillages et perruques Catherine Saint – Sever, son Frédéric Schmitt. Durée : 2 heures 10.

Théâtre de l’Aquarium - Cartoucherie de Vincennes, jusqu’au 1er février 2015. En tournée en France jusqu’au 21 mai 2015.

Photo ©Christophe Raynaud de Lage

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