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Critiques / Opéra & Classique

La Petite Renarde Rusée de Leos Janacek

par Caroline Alexander

En images, poésie et jeux d’enfants, une adaptation réussie pour public de tout âge

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L’Académie de l’Opéra National de Paris reprend avec bonheur l’adaptation pour jeune – et moins jeune - public du chef d’œuvre de poésie composé par Janacek à l’automne de sa vie. Ce modèle réduit, d’une durée d’une heure, fut conçu pour l’espace de l’Amphithéâtre de l’Opéra Bastille en 2009. Il y retrouve les marques ludiques de la mise en scène de Charlotte Nessi et les images de Samuel Hercule et Mike Guermyet en constante synergie avec la musique et le conte.

Un fond d’écran en deux parties occupe l’arrière de la scène sur laquelle ondulent des panneaux rectangulaires, créant cachettes et tanières pour les héros à quatre pattes et queues chevelues. Une libellule voltige dans le ciel sur les cadences de la musique, les saisons se suivent, les animaux prennent formes et vies comme ce coq et ces poules caquetantes dont on aperçoit, en halos noirs et blancs, les visages des interprètes chanteurs. Ceux-ci jouent, se faufilent, gambadent et dansent souples comme des élastiques.

L’orchestre retrouve sa place sur les gradins de l’Amphithéâtre, côté cour, et c’est un vrai délice de pouvoir suivre à l’œil nu les musiciens de l’Ensemble Justiniana, leurs quintettes à cordes et à vents, leurs percussions dansantes et cet accordéon bienvenu rajouté par le concepteur de l’orchestration Alexander Krampe. Denis Comtet dirige les jeunes instrumentistes de ses battues enlevées à vif, tandis que les petits pensionnaires du Chœur d’Enfants Sotto Voce se transforment en renardeaux fureteurs sous la diligence de leur chef Scott Alan Prouty. Les jeunes solistes de l’Académie se partagent les personnages, Vladimir Kapshuk, baryton, en Forestier sur le qui-vive, la soprano Clémence Poussin dans le rôle de sa femme mais aussi dans ceux de la Chouette et du Pic Vert, le ténor Joao Pedro Cabral compose un Chien gentiment soumis à sa laisse. Le couple Bystrouska, la Renarde et son mari Renard trouve des interprètes de comédie déliée et de haut vol musical, avec les envolées lyriques de la soprano Julia Szproch et la suavité bienveillante de la mezzo Albane Carrère (très récemment vue et appréciée dans le Journal d’un disparu du même Janacek voir WT 5098 du 10 avril).

Sur-titrage ou pas ? Le seul bémol de la production vient de cette question. Irène Kudela, musicienne et linguiste, a eu l’idée de conserver en tchèque les textes et chants des bestiaux et bestioles et de traduire en français les interventions des humains. Les premiers ont droit à des traductions en surtitres, tandis les seconds sont censés se faire comprendre en direct. Ce qui n’est pas le cas, comme on peut facilement l’imaginer. La musique de Janacek s’y prête mal et les ’interprètes venus d’horizons si différents n’ont pas la maîtrise de la diction française.

Mais au diable les mots ! L’ensemble peut se voir et s’entendre sans eux. Il s’accorde aux songes d’enfants en quête d’échappées belles. Et atteint leur cible de plaisir partagé.

La Petite Renarde Rusée de Leos Janacek, orchestration de Alexander Krampe, Ensemble Justiniana, direction Denis Comtet, Chœur d’enfants Sotto Voce, direction Scott Alan Prouty, conception et mise en scène Charlotte Nessi, scénographie et lumières Gérard Champlon, images Mike Guermyet et Samuel Hercule, costumes Jérôme Kaplan, traduction française et sur-titrage Irène Kudela. Avec Julia Szproch, Albane Carrère, Vladimir Kapshuk, Joao Pedro, Cabral, Clémence Poussin, Olivier Cesarini.

Amphithéâtre Bastille, les 9 et 16 avril à 20h, 13 et 15 avril à 15h, matinées scolaires les 11, 12, 14 avril à 14h.
0892 89 90 90

Photo Xavier Pinon

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