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Critiques / Théâtre

La Passation de Christophe Mory

par Gilles Costaz

Valse présidentielle

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Les personnages de chefs d’Etat ne sont pas rares dans notre théâtre : ils dialoguent avec des penseurs (Corneille), ils s’affrontent pendant les grands moments de l’Histoire (Yalta de Vladimir Volkoff), ils hésitent avant de mettre en marche l’appareil militaire ou la bombe atomique (Moi, Ota, rivière d’Hiroshima de Jean-Paul Alègre)... Mais, avant Christophe Mory, aucun auteur n’avait pensé au moment de la passation, quand un président partant reçoit le président entrant. Que se disent-ils, quelle est l’humeur de l’un et celle de l’autre, restent-ils courtois ou en viennent-ils aux mains ? Le temps qui passe est-il rapide ou pesant ? Des secrets sont-ils transmis ou les codes essentiels sont-ils livrés plus tard par des intermédiaires ? Dans sa Passation, Mory n’élude pas cette question des dossiers portant la marque « confidentiel », mais il cherche surtout à s’amuser, à amplifier les aspects comiques d’une situation où le sort d’un pays est en jeu, certes, mais où la solennité peut virer au règlement de comptes et à la mesquinerie. Il traque le ridicule du grandiose, et il le trouve ! Dans sa valse présidentielle il réussit, d’ailleurs, un exploit en n’opposant pas exactement un politicien de droite à un politicien de gauche. Les deux hommes viennent de deux camps différents mais ils n’ont guère d’idéologie. Ce sont de vieux routiers, blanchis sur les harnais des cabinets ministériels et des antichambres. Ils prêchent la morale et la gloire et sont de franches canailles. Franches ? Non. Ambigus en tout, sauf dans l’affirmation de leurs ambitions.
La critique ne peut tout révéler d’une pièce qui a ses coups de théâtre, mais l’on peut préciser que, même en privilégiant le genre blagueur, Mory ne se contente pas de mettre en place un dialogue à l’esprit chansonnier mais exprime, dans les rebondissements de la fin, une analyse politique du statut du président et la place de la France qui va au-delà de la caricature. Reste qu’on est, la plupart du temps, dans la moquerie traditionnelle et joyeuse des hommes politiques. Les deux présidents se tirent sans cesse dans les pattes, et il n’y en a pas un pour sauver l’autre, comme disent les braves gens. Dans une mise en scène d’Alain Sachs qui sait trouver la frontière entre la parodie et le réalisme, les deux interprètes donnent leur plein éclat aux drôleries du texte. Pierre Santini, tel un chat roué aux mines gourmandes, compose un politicien au long cours qui fait miroiter la gamme de ses truanderies. Eric Laugieras lui oppose une personnalité plus jeune, qui dispose de moins d’habileté mais compense une certaine inexpérience par une grande rapidité et un cynisme enjoué. Les acteurs cultivent donc avec une malice renouvelée deux personnalités aux appétits semblables et aux natures contraires. C’est l’une des raisons de prendre plaisir à l’un des spectacles politiques les plus réussis de cette période où le théâtre se donne volontiers le rôle de contre-feu face à la campagne présidentielle

La Passation de Christophe Mory, mise en scène d’Alain Sachs, costumes d’Ana Belen-Palacios, décor de Lydivine Labergerie, création sonore de Patrice Peyrieras, lumières de J acques Rouveyrollis, avec Pierre Santini et Eric Laugieras.

Les Feux de la Rampe, 19 h 15, tél. : 01 42 46 26 19. Texte à la Librairie théâtrale. (Durée : 1 h 40).

Photo Laurencine Lot.

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