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Critiques / Théâtre

La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès

par Gilles Costaz

Eclats nocturnes

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C’est le premier grand texte de Koltès, celui par lequel la notoriété est arrivée, avant même que Patrice Chéreau s’intéresse à ce jeune auteur. Juste un monologue, mais brûlant, à vif, contradictoire, changeant, avançant tantôt souplement tantôt par à-coups, comme les ombres dans la nuit. Un jeune homme, qui dit ne pas beaucoup porter dans son cœur les Français et qui est sans doute un étranger, cherche une chambre pour passer la nuit. En fait, non. Il pense qu’on trouve facilement un abri et ne s’en soucie plus. Il erre. Il a une sorte de caméra dans la tête. Il voit les filles et leurs jeux. Il observe ce qui se passe dans le monde des marginaux. Il s’asseoit sur la pierre des bancs et des ponts. Il dialogue avec un jeune homme, et c’est plus qu’un dialogue. Ce texte suspendu s’achève sans se conclure.
L’oeuvre est d’autant plus forte qu’elle est en rupture avec le mode littéraire habituel. Elle aime les mots parlés, les hiatus, les raisonnements instinctifs. On est loin des périodes lyriques et balancées que Koltès utilisera plus tard. C’est une véritable émotion que d’entendre ce texte aujourd’hui, soit parce qu’on le relie aux pièces suivantes de l’auteur, soit parce qu’on en découvre le tranchant, la liberté d’un langage ignorant des conventions. Jean-Pierre Grenier le met en scène dans une totale simplicité. A peine quelques éléments de décor (quelques carrés de vitre au sol, l’intervention d’Yves Collet se situant plutôt dans de discrètes et savantes lumières, verticales et horizontales). C’est du brut, ce texte, et Garnier ne le raffine pas. Il le lance dans sa vérité qui se déroule sans un moment de doute. L’acteur, Eugène Marcuse, est précisément brut de décoffrage. Du moins joue-t-il cet errant lucide et rebelle sur un ton de sincérité rogue. A une exception près (il passe un moment au chuchotement, comme par provocation), il est toujours dans l’énergie, la clarté, la plénitude de la voix. Cet acteur, que l’on avait déjà repéré au Poche dans le cabaret du Boeuf sur le toit, devrait aller loin. Pour le moment, il nous permet d’entendre, de vivre un texte de Koltès qui n’a pris une journée, une seconde de retard sur le monde d’aujourd’hui.

La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de Jean-Pierre Garnier, scénographie et lumière d’Yves Collet, collaboration artistique d’Olivier Dote Doevi, travail du mouvement par Maxime Franzetti, son de Joncha, avec Eugène Marcuse.

Poche-Montparnasse, 19 h, tél. : 01 45 44 50 21, jusqu’au 7 janvier. (Durée : 1 h 15).

Photo DR – JPG.

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