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La Nuit de Roi de Sébastien Daucé

par Olivier Olgan

L’imaginaire du Grand Siècle

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La reconstitution du ’Concert Royal de la nuit’ qui consacre en 1653 Louis XIV en Roi-Soleil annonce tout l’imaginaire du Grand siècle. Sébastien Daucé en restitue les couleurs et les sonorités, la magnificence et la portée historique. Concerts à Versailles, le 29 novembre, et à Lyon le 30.

« La troupe des Astres s’enfuit
Dès que ce grand Astre s’avance (…)
Tous ces volages feux s’en sont évanouis
Le Soleil qui me suit c’est le jeune Louis. »

Ces quelques phrases annoncées par l’Aurore tirées du livret du Grand Ballet du Soleil, apothéose somptueuse du Concert Royal de la Nuit du 23 février 1653, condensent les ressorts de l’imaginaire du Grand Siècle : réussir l’identification de l’art de son temps à une seule et unique personne. Et amorce la fascination exercée par le règne de Louis XIV sur les millions de visiteurs de Versailles.

Quand le Divertissement devient un acte politique.

Voulu par Mazarin pour consolider un pouvoir royal bousculé par quatre années de Fronde, il s’agit ni plus ni moins de mettre le jeune Louis – il a 15 ans- au centre du monde, en le faisant annoncer par l’Aurore et apparaître vêtu en Soleil levant, entouré des astres incarnés par les princes de sang, et de l’aristocratie. Pas moins de 260 personnages où se mêlaient amateurs et artistes professionnels (Lulli en était) distribués en 43 entrés constituaient la dramaturgie d’un univers en gestation vers un unique but, véritable double artistique et symbolique d’une liturgie de sacre, dessinant l’imagerie du Roi Soleil.

« Si les historiens s’accordent aujourd’hui pour voir dans Le Ballet de la Nuit l’un des spectacles les plus marquants du règne de Louis XIV, rappelle Sébastien Daucé, chef fondateur de l’ensemble Correspondances, dans son introduction au livre-cd dédié à l’événement* c’est qu’il l‘a été sur de nombreux plans : politique, institutionnel, esthétique et musical. Pour la première fois dans l’histoire du genre, le livret est unifié et savamment déroulé en quatre veilles et un grand ballet final : tous les niveaux de lecture et tous les arts s’accordent vers un même objectif : le lever du Soleil. »

Philippe Beaussant dans son Louis XIV, artiste insiste sur le miroir que représentaient ce Divertissement pour le Roi et la cour : «  Nous ne pouvons pas comprendre l’admiration que l’on portait à sa personne si nous n’avons pas compris qu’on s’étonnait d’abord de sa majesté, de la chorégraphie de ses gestes, de ses postures.(…) Cette société du paraitre et du spectacle devait dévoiler à la perfection ce qu’on était. »
Pour expliquer l’incroyable succès du spectacle qui fut donné six fois de suite (avec toujours le Roi sur scène), Sébastien Daucé avance trois autres hypothèses : le livret a tout ce que l’invention humaine peut produire à son époque, toute la société réelle du XVIIe siècle y est représentée sans jugement, de même les imaginaires poétiques et romanesques sont associés sans hiérarchie, sans oublier la présence de « la société des Dieux ».

Une véritable aventure musicale.

Ce Concert Royal a beau être central dans la prise de pouvoir symbolique de Louis XIV, il ne doit sa résurrection qu’à la ténacité de Sébastien Daucé qui a consacré plus de trois ans de sa vie à le reconstituer. Il faut dire que la postérité ne lui a pas facilité la tâche. Si aucun de ses illustres prédécesseurs du renouveau baroque et particulièrement français (de Malgoire à Rousset) ne s’y était risqué, c’est selon Sébastien Daucé, pour au moins trois raisons : la source musicale très partielle (seuls restent intacts le livret d’Isaac de Benserade et les airs de Jean de Cambefort et une unique partie de violon…), les lacunes qui entourent le ballet de cour, et la musique de ballet qui demande une réappropriation quasi-totale des ruptures rythmiques et des ornementations, sans évoquer la frilosité des producteurs !

Par la richesse des couleurs et des sonorités qu’il insuffle, avec un savant jeu entre les vestiges de la renaissance et les éclats du premier baroque, le chef de l’ensemble Correspondances a largement relevé le défi même s’il a du tailler dans la partition ne retenant que cinquante et une danses sur les soixante-dix-sept d’origine pour en renforcer la dramaturgie. Pour la théâtralité, il a emprunté aux musiciens italiens qui fascinaient Mazarin : Rossi ( L’Orfeo) ou Cavalli (Ercole Aman¬te). Le résultat rend merveilleusement vivante cette nuit du Roi, fondatrice de la « politique culturelle » du Grand Siècle, faisant revivre dans leur jus personnages et péripéties fantastiques du ballet.

Un dernier défi attend Sébastien Daucé et ses complices : mettre une chorégraphie sur ses danses mythiques. Le projet reste fou même s’il attise la curiosité de quelques soutiens artistiques et financiers pour s’approcher au plus près de l’esthétique du Grand Siècle. Sa concrétisation est une autre histoire…

Version de concert du Concert royal de la Nuit
• 29 novembre, 15h Opéra Royal de Versailles, http://www.chateauversailles-spectacles.fr/spectacles/2015/le-ballet-royal-de-la-nuit
• 30 novembre, 20, Chapelle de la Trinité, Lyon. http://www.lesgrandsconcerts.com/saison-baroque/programmation-musique-baroque/le-concert-royal-de-la-nuit

* 1 livre + 2 CD Harmonia Mundi( couronné meilleur disque de l’année par Classica et Grammophe)

Pour aller plus loin :
• Livre : Philippe Beaussant, Louis XIV, artiste, Payot, 1999
• Exposition : Le Roi est mort, jusqu’au 21 février 2016, Salles d’Afrique et de Crimée, Château de Versailles
• Concert-promenade : A la cour du Roi Soleil, Musée de la musique, Philharmonie, 01 44 84 44 84
• Week-end Au temps de Louis XIV, du vendredi 4 au dimanche 6 décembre. Philharmonie, http://philharmoniedeparis.fr/fr/programmation/saison-2015-2016/week-ends-2015-2016/week-end-au-temps-de-louis-xiv-4-6-décembre

Photo Agathe Poupeney

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