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Critiques / Théâtre

La Mouette d’Anton Tchekhov

par Corinne Denailles

Manque d’envergure et de souffle

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La jeune Nina rêve de théâtre ; elle joue le texte de son amoureux Treplev, jeune écrivain exalté qui nourrit le rêve d’un théâtre nouveau. La représentation donnée en l’honneur de sa mère Arkadina tourne vinaigre, en présence de la petite assemblée des fidèles de la maison. Conflit entre deux visions de l’art, conservateur et résolument avant-gardiste, c’est-à-dire inaudible, conflit entre une mère castratrice et un fils qui ne veut que lui plaire et déteste tout ensemble son ironie méchante et son manque d’affection. Il est aussi question d’amours déçues ; Treplev aime Nina qui aime Trigorine, l’amant d’Arkadina, fameux écrivain qui n’écrit plus une ligne, qui n’aime personne ; Medvedenko l’instituteur aime Macha la fille de l’intendant qui aime Treplev qui… Dans ce monde sans avenir, Nina semble différente, elle prend le risque de tenter de réaliser son rêve en suivant à Moscou Trigorine. Mais elle a fait le mauvais choix, éblouie par un mirage ; il l’abandonne vite à son triste sort, elle vivote, perd un enfant, et finit par rentrer au bercail, désespérée. La mouette a raté son envol et perdu son innocence.
Isabelle Hurtin a choisi la belle traduction d’Antoine Vitez pour mettre en scène ce joyau du théâtre russe. Malheureusement elle n’a pas réussi à en exprimer toute la grâce et la profondeur. Tout va trop vite, les situations ne prennent pas corps, ni leurs relations si subtiles et signifiantes, ni les personnages d’ailleurs que les acteurs ne parviennent pas à faire exister, peut-être parce que le nécessaire travail d’intériorisation fait défaut. Tchekhov est passablement absent de ce spectacle malgré quelques belles idées comme l’utilisation du théâtre d’ombres.

La Mouette de Anton Tchekhov. Traduction, Antoine Vitez. Mise en scène, Isabelle Hurtin. Avec :Bruno Bisaro, Jean-François Chatillon, Kevin chemla, Thomas Cousseau, Frédéric cuif, Lionel Erpelding, Marjorie Hertzog, Isabelle Hurtin, Léonor Ilitch, Fanny . Création Lumières : Jean-Marc Hennaut. Visuel ombre : Jean-Pierre Lescot. Musique : François Couturier et Jean-Marc Larché. Au théâtre du Ranelagh jusqu’au 30 avril.
Au théâtre de l’épée de bois du 12 au 18 juin.
Durée : 2h10

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