Accueil > La Maladie de la famille M de Fausto Paradivino

Critiques / Théâtre

La Maladie de la famille M de Fausto Paradivino

par Corinne Denailles

Les affections du coeur et autres désordres

Partager l'article :

Fausto Paravidino, jeune dramaturge majeur du théâtre italien, excelle dans des genres très divers : pièces politiques de commande, comme Gênes 01 (2006) où il relatait d’une plume tranchante, dans un spectacle proche de l’agit’prop, les violences lors du sommet du G 8 en 2001 ; mise en scène d’un fait divers mené comme un polar (Nature morte dans un fossé, 2007) ou comédie sociale telle que La maladie de la famille M, une pièce qu’il a magnifiquement mise en scène au Vieux Colombier en 2011. Il y sonde nos maladies de l’âme, les colères et les détresses muettes, le manque d’amour et de communication des membres d’une famille italienne ordinaire qui a la mauvaise fortune de vivre dans un de ces villages qu’on aperçoit depuis l’autoroute sans imaginer qu’on peut y vivre. L’histoire est racontée par le médecin de famille qui montre la même empathie envers ses patients que le docteur Tchékhov envers ses personnages. L’évocation presque explicite autorise le metteur en scène à souligner la parenté avec le dramaturge russe. Le médecin, narrateur et personnage, impliqué et distant, est interprété avec un naturalisme qui se donne comme tel par Clément Bernot, qui joue avec le public parfois pris à témoin.

Depuis le suicide de la mère, tout va de travers dans cette famille de peu. Le père, ancien ouvrier à la retraite et malade du coeur (Boris Ventura-Diaz) perd la tête quand ça l’arrange et tyrannise gentiment sa fille aînée Marta (Andréa Brusque) qui, se sentant confusément coupable, organise la vie quotidienne sans une plainte, ce qui agace copieusement les autres. Et puis il y a la petite sœur (Laura Chétrit) adolescente écervelée et égoïste dont le cœur balance entre son fiancé Fulvio (Antoine Berry-Roger), bon gars un peu rustre et le copain du fiancé, Fabrizio (Vicotr Veyron) marginal et sans scrupules. Sans oublier le jeune frère Gianni (Justin Blanckaert), véritable tête à claques qui prend un malin plaisir à attiser les conflits pour se sentir exister. Dans cette maison, faute de pouvoir se parler on s’aboie après. Les conflits révèlent la solitude et les souffrances de chacun.

Comme dans la mise en scène de Paravidino, la pièce se déroule dans trois espaces juxtaposés dans la scénographie de Suzanne Barbaud ; à jardin, le cabinet du médecin, dans le jeu et hors jeu ; à cour, un banc où se rencontrent les jeunes ; au centre, la table familiale, en arrière-plan la cuisine sans plafond, juste la charpente de bois, un escalier, un encadrement de porte, comme autant de lignes de fuite. La cuisine est le lieu des disputes, de scènes de comédie très drôles, conséquences des embrouilles familiales, et de la tragédie finale qui fonctionnera comme une sorte de libération des deux sœurs qui, grandie d’un coup, trouvent enfin le chemin l’une de l’autre.

Un théâtre d’acteurs mis en scène avec une grande justesse par le jeune Simon Fraud sans esbroufe ni tricherie, cash comme l’est le texte de Paravidino, qui renouvelle le genre des comédies italiennes, sociales et tendres, des années 1960 dans une esthétique similaire que soulignent la déco de la cuisine et les costumes des personnages. Au fil des scènes hautes en couleur, la cohérence et l’énergie du groupe fait sonner cette langue souvent crue et assure le tempo des dialogues dont la précipitation exprime l’angoisse et le désarroi des personnages qui réagissent au lieu d’agir et se mettent systématiquement dans le pétrin. La troisième création de cette jeune compagnie laisse bien augurer de l’avenir.

La Maladie de la famille M de Fausto Paravidino par la compagnie Les chiens de paille ; mise en scène Simon Fraud ; scénographie Suzanne Barbaud ; avec Clément Bernot, Antoine Berry-Roger, Julien Blanckbaert, Andréa Brusque, Laura Chétrit, Victor Veyron, Boris Ventura-Diaz. Au théâtre 13-jardin jusqu’au 15 avril 2018 à 20h. Durée : 1h25. Résa : 01 45 88 62 22.
www.theatre13.com

photo Lucie Sassiat

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.