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Critiques / Théâtre

La Maison de Julien Gaillard

par Jean Chollet

La mémoire en reflets

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La réunion de trois frères provoque chez chacun d’entre eux un retour mental dans une sombre maison occupée durant leur enfance, dont, apparemment livrés à eux –mêmes, ils ont découvert progressivement les espaces et une mystérieuse chambre close inhabitée Ils y ont connu, comme tout un chacun, joies, émotions, angoisses ou tristesses et formulés promesses ou ambitions d’avenir. Devenus adultes, l’évocation de leurs souvenirs et de leurs désertions croisent leurs réalités d’aujourd’hui, sans accents nostalgiques, mais en laissant planer de sourdes menaces invisibles du monde qui les entoure. Son auteur déclare “ Je considère que l’enfance est une vie en soi. Elle n’est pas seulement – peut-être pas du tout – le prélude à l’existence. On y joue déjà sa vie à plein. C’est une vie dans la suite de nos vies. Je suis persuadé que si l’on plongeait un adulte dans la vivacité des sensations enfantines, il deviendrait en quelques jours complètement fou. Dans La Maison, j’essaie de m’approcher de cette folie – mais sans perdre tout à fait la raison.”. Des propos qui éclairent l’orientation de son projet littéraire, qu’il considère comme“ le premier chapitre d’un volume en cours.”

Avec cette création, Simon Delétang, jeune quadra, acteur, metteur en scène et scénographe, par ailleurs nouveau directeur de l’historique Théâtre du Peuple de Bussang , poursuit une collaboration avec l’écrivain Julien Gaillard, concrétisée notamment l’an passé pour “Tarkovski, le corps du poète” au TNS. Il localise cette histoire hors cadre dans une barque échouée en bordure d’un étang comme après une tempête, où est réuni sur une structure verticale (arbre ?), le trio fraternel. Ce texte bref, non écrit pour le théâtre pose naturellement certains problèmes de mise en œuvre scénique, pour permettre d’en ressentir toutes les nuances et ouvrir l’émotion. Ils n’ont pas été totalement résolus, dans les limites des options retenues, parfois austères ou oniriques, dans la pénombre ou le clair obscur, malgré les interprétations de Rémi Fortin, le plus jeune des frères, l’auteur lui - même, et Frédéric Liedgens, le plus âgé. Mais ils offrent toutefois la possibilité d’entendre et d’apprécier le phrasé et la poésie d’une écriture magnifique.

© Simon Gosselin

La Maison , de Julien Gaillard, mise en scène et scénographie Simon Delétang, avec Rémi Fortin, Julien Gaillard, Frédéric Leidgens. Lumières Julien Louisgrand, son Nicolas Lespagnol-Rizzi. Durée : 1 heure 15. Théâtre national de la Colline jusqu’au 11 février 2018. Reprise au Casino de Bussang (Vosges) du 14 au 17 février 2018.

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