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Critiques / Théâtre

La Maison d’à côté de Sharr White

par Gilles Costaz

Double vertige

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Juliana, la scientifique qui a conçu le médicament le plus approprié contre la perte de mémoire, est victime du mal qu’elle combat chez ses patients et dans un circuit médical international ! Tel est l’ingénieux scénario de l’auteur américain Sharr White, dont Gérald Sibleyras a écrit une version française tirée au cordeau. Juliana est, en fait, sur plusieurs pentes dangereuses à la fois. Elle perd le contact avec la réalité, se sépare de son mari, court hagarde d’une conférence à l’autre, focalise son attention sur « la maison d’à côté » qui lui appartenait et qu’elle croit encore à elle, alors que la bicoque a été vendue. Dans ce dédale mental qui change tous les jours, elle reçoit l’appui de quelques personnes, dont son mari qui ne s’est pas totalement éloigné d’elle. Au cœur du drame, il y a en réalité le départ d’un enfant, Laura, qui, jeune fille, a coupé les ponts. Juliana ne peut admettre l’absence de Laura, qui est peut-être de retour.
Sharr White construit sa pièce sur deux vertiges : celui - psychiatrique - de l’amnésie naissante en train de détruire certaines zones du cerveau, celui – psychanalytique - d’une tragédie refoulée qui remonte à la surface et modifie la perception de la réalité. C’est une très bonne pièce, avec une habileté et une vision carrée de la science qui sont très américaines et ne sont pas tout à fait les nôtres. Philipe Adrien assure une fort belle mise en scène, toute de pudeur, de secrets, de surprises feutrées. Tout en utilisant la vidéo, il compose des images plus intérieures que spectaculaires, plus faites d’émotions douces que de coups de théâtre. Hervé Dubourjal (le mari), Léna Bréban (dans plusieurs rôles) et Stéphane Comby (dans trois rôles tout à fait mineurs) ont tous une fermeté tendre dans cette course vers une guérison improbable. Caroline Sihol, qui incarne Juliana, joue là l’une des prestations les plus importantes de sa carrière. Elle est admirable et bouleversante dans la traduction de l’égarement, de la souffrance mentale et du sentiment d’abandon. Elle est la flamme dansante du spectacle, celle qu’on emporte avec soi une fois la pièce finie.

La Maison d’à côté de Sharr White, adaptation de Gérald Sibleyras, mise en scène de Philippe Adrien, décor de Jean Hass, lumières de Pascal Sautelet, vidéo d’Olivier Roset, musique et sons de Stéphanie Gibert, costumes de Caroline Sihol, collaboration artistique de Laura Koffler, avec Caroline Sihol, Hervé Dubourjal, Léna Bréban, Stéphane Comby.

Petit Saint-Martin, tél. : 01 42 08 00 32. Texte à l’Avant-Scène Théâtre.

Photo Laurencine Lot.

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