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La Folle Journée de Nantes

par Olivier Olgan

En dédiant son thème à la Nature, la Folle journée de Nantes rappelle que la nature n’a jamais cessé de fasciner les musiciens

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Les 350 concerts annoncés sur les cinq jours de la Folle Journée ne suffiront pas à en épuiser le thème. Tant nature et musique tissent de liens complexes, multiples et sans cesse renouvelés : de l’imitation des bruits de la nature chères à la Renaissance (La Chasse de Janequin), à la musique descriptive de l’ère baroque (Les Quatre saisons de Vivaldi), de la confidente propice à la connaissance et à la méditation pour les romantiques (Nocturnes de Chopin) à la source infinie de sensations, d’émotions ou d’impressions subjectives des modernes (La Mer de Debussy, Métamorphoses nocturnes de Ligeti). Sans oublier l’ère contemporaine qui cherche à capter son énergie propre, avant de songer à enregistrer, à transformer et à métamorphoser les sons (La rivière de Pascal Dusapin)….

L’histoire de la musique a accompagné celle des représentations successives de la nature « Dès l’origine fascinés par l’alternance des saisons, la diversité des paysages ou le déchaînement des éléments, les hommes se sont de tous temps essayés à traduire en musique l’infinie palette de sensations que lui procurait le contact avec la Nature revendique René Martin, l’inventeur et directeur artistique de la Folle journée. On peut ainsi dire que la musique est véritablement née de la nature, et que celle-ci n’a cessé d’inspirer les musiciens à travers les âges. » C’est donc à une immense aventure musicale qu’il convie, avec à plus de 2 000 artistes, les milliers de mélomanes appelés à sortir des sentiers battus : aller au-delà de Vivaldi, Beethoven, Liszt ou Debussy pour découvrir des compositeurs tels que Toru Takemitsu (le Water Concerto for water percussion and orchestra), Carl Stamitz (Le Jour variable) ou Justin Henri Knecht (Portrait musical de la nature), Ton That Tiet (Et la rivière chante l’éternité)…

Des liens spirituels profonds. « A défaut de pouvoir facilement imiter la nature, la musique souhaite souvent lui faire écho, afin de résonner avec elle. D’autant que la nature ne se réduit pas aux paysages, aux écosystèmes et à l’environnement : elle est aussi une réalité physique beaucoup plus large, et une idée véhiculant une conception du monde. écrit Emmanuel Reibel, dans son livre « Nature et Musique » (Fayard/Mirare, 2016), véritable synthèse officielle de la programmation foisonnante de la manifestation. Et de brosser une passionnante histoire de la musique et de la nature, rappelant que pour les anciens, les sons produits par les instruments permettaient de renvoyer à la ‘musique des sphères’ mettant les hommes en sympathie avec le monde : « Cette conviction a perduré à travers l’Histoire : par les mystères de la musique, il serait possible de communier avec la nature voire d’agir sur elle. » Tour à tour motif, matériau, voir modèle, « le recours fantasmatique à la nature » légitime et participe à de profonde refondation artistique : « De Rousseau à Schafer en passant par Liszt ou Debussy, la nature devient alors un outil critique au service d’un discours esthétique ou idéologique. »

Une folle ambition  : Aborder en cinq jours l’ensemble des formes ou des thèmes descriptifs ou pas que les compositeurs ont embrassés parfois jusqu’à l’obsession pour rendre compte de la nature ; des orages aux paysages, des éléments (air, eau, feu, nuage,…) aux animaux. Toutes les facettes créatives parsemées de chefs d’œuvres sont proposées pendant les cinq jours de fêtes populaires (le seuil des 145 000 visiteurs devrait être dépassé).

Dans son ambitieux panorama, Emmanuel Reibel fait un passionnant rapprochement ; les évocations musicales de la nature se sont articulées à l’histoire de l’idée de nature, « qu’elle fut conçue historiquement comme un espace statique fonctionnant à la façon d’une vaste mécanique, ou au contraire comme une force immanente. » Et conclure son essai très dense que se référer à la nature reste toujours une utopie : « A défaut de toujours composer d’après elle, artistes et musiciens semblent plus que jamais voués à faire avec elle, en continuant à l’imaginer. »

Alors pourquoi la musique ? Au lieu d’opposer nature et musique, levons plutôt le mystère de la musique propose Françis Wolf, dans son livre phare Pourquoi la musique (Fayard) voir webthea (http://www.webtheatre.fr/Pourquoi-la-Musique-La-musique-au) « Le monde imaginaire de la musique est le monde des pourquoi comblé. Sous leur forme brute, les sons sont signes des évènements imprévisibles et constituent pour un être vivant la preuve sensible qu’il vit dans un monde étranger, instable et menaçant. D’où le besoin humain de faire ce que l’animal en lui se contente de subir, d’introduire la régularité du corps dans le temps chaotique du monde. »
Il est temps de vous laisser plonger dans la foisonnante histoire (et du programme de la Folle journée) de la musique et de la nature.

Du Mercredi 3 au dimanche 7 février 2016 - La Cité des congrès de Nantes - www.follejournee.fr
• Ouverture des guichets de la Cité, le centre des congrès de Nantes : mercredi 3 et jeudi 4 février : à partir de 13 h - 22h45, vendredi 5, samedi 6 et dimanche 7 février : à partir de 8 h - 22h45
• Internet : www.billetterie-follejournee.fr (Règlement par carte bancaire uniquement)
• Téléphone 0 892 705 205 (0,40 € / min) Du lundi au vendredi de 10h à 18h. Règlement par carte bancaire uniquement

A lire :
• Nature et musique, Emmanuel Reibel, Fayard/Mirare, 2016
• Pourquoi la musique, Françis Wolf, Fayard, 2015

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