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Critiques / Opéra & Classique

La Flûte enchantée/Die Zauberflöte de Wolfgang Amadeus Mozart

par Caroline Alexander

L’enchantement d’une flûte à l’authentique

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Un lieu improbable, pas vraiment défini, une scène de théâtre à tout faire, avec un mur de fond percé d’une porte et, à cour et à jardin, des esquisses de coulisses où s’articule la machinerie. Etait-ce dans cet esprit que La Flûte Enchantée/Die Zauberflöte fut créée en septembre 1791 au Theater an der Wieden, sur une musique de Wolfgang Amadeus Mozart, un livret et des dialogues d’Emmanuel Schikaneder ? C’est en tout cas ainsi qu’on l’imagine : naïve et joyeuse en ornement de pensées plus graves. Un « singspiel » note le sous-titre : un jeu en musique, une comédie musicale… C’est ainsi que l’ont ressuscitée Moshe Leiser et Patrice Caurier dans une mise en scène mêlant des parfums de farce à des effluves de grandeur.

Comédien, metteur en scène, écrivain, Schikaneder était le patron de ce théâtre singulier destiné au public populaire de la banlieue de Vienne mais qui attirait aussi les amateurs « branchés » de la bourgeoisie et de l’aristocratie. On venait s’y détendre, la légèreté était sa marque de fabrique pour mettre des rires et des ailes à sa foi humaniste. Schikaneder et Mozart étaient francs- maçons tous les deux et voulaient, à travers un conte de magie et d’amour pour enfants de 7 à 77 ans – comme dirait Tintin - transmettre leur message initiatique.

Au fil des siècles, ce chef d’œuvre de fantaisie et de force est devenu un incontournable puits à succès, un passage obligé sur toutes les scènes lyriques du monde. On l’a vu et entendu sous toutes les formes possibles, lu et relu, détourné, transfiguré, approprié par des metteurs en scène chercheurs de nouveautés, débusqueurs de clés, …. Aucun n’avait tenté – à l’exception d’Ingmar Bergman au cinéma -, d’en retrouver l’innocence et la simplicité comme Leiser et Caurier viennent de le faire pour Angers-Nantes Opéra. Leur flûte tourne le dos aux vidéos d’illusionnistes ès technologies modernes, elle renoue avec les traditions de la commedia dell’arte et retrouve à l’authentique, les jeux de trappes et de filins, le plaisir partagé de rire et de réfléchir.

Le comique et le cosmique

Leur mise en scène est la reprise d’une production inaugurée en 2006 et qui depuis a fait le tour de nombreux plateaux d’opéras d’Europe. Papageno y fait joujou avec des tourterelles dressées, des ours, des chimpanzés en peluches géantes dansent et se font des câlins, Sarastro monté sur échasses (habilement dissimulées) devient un géant protecteur… Les gags alternent avec les silences des méditations. Quand Pamina est découverte endormie, lovée dans une pyramide de lumière, le recueillement est au rendez-vous. Quand la méchanceté de Monostatos est domptée par les clochettes de Papageno et que ses acolytes flics découvrent sous leurs uniformes des tutus de petits rats, l’effet hilarant est garanti ! Le comique et le cosmique font bon ménage.

Bel équilibre des voix et jeu à la fois délié et subtil des chanteurs. Elmar Gilbertsson, ténor islandais, confère à Tamino les contours d’un jeune homme raisonnable au timbre lumineux, presque trop riche. Sa Pamina, incarnée par la soprano Marie Arnet, créatrice du rôle en 2006, semble comme lui pétrie de sagesse usant avec délicatesse des ressources d’une voix qui en mûrissant s’est dotée de couleurs fauves. James Creswell, basse américaine, a l’autorité et le charisme d’un Sarastro qui cache sa compassion sous des graves cuivrés. La silhouette fragile d’Olga Pudova, soprano colorature russe, impose une reine de la nuit qui flirte avec les contre-fa comme avec un voisin de palier. Éric Huchet compose un Monostatos savoureux monté sur les ressorts de la concupiscence et de la trouille. Tyler Duncan, parfait orateur, Mirka Wagner, Papagena roucoulante, Ann Taylor, Emilie Renard, Velletaz, les trois dames coquines aux allures de carnaval complètent la panoplie des personnages qui s’agitent dans ce jeu d’ombres et de lumières, entre ceux qui cherchent un ailleurs spirituel et ceux qui préfèrent déguster la vie comme elle est : tel ce Papageno clown bien terre à terre dont Ruben Drole, baryton suisse, fait un bouffon désopilant, jouant à tout va, de canulars, de mines ahuries et de poses funambules.

Le chœur d’Angers-Nantes Opéra donne du relief à l’assemblé des prêtres et des initiés, et, dans la fosse, Mark Shanahan, familier de l’Orchestre National des Pays de Loire, lui injecte les bulles légères et champagnisées qui cadencent le pouls de la musique de Mozart.

La Flûte Enchantée/Die Zauberflöte de Wolfgang Amadeus Mozart, livret d’Emmanuel Schikaneder, orchestre national des Pays de la Loire, direction Mark Shanahan, chœur d’Angers-Nantes Opéra, direction Xavier Ribes, mise en scène Patrice Caurier et Moshe Leiser, décors Christian Fenouillat, costumes Agostino Cavalca, lumières Christophe Forey. Avec James Creswell, Olga Pudova, Elmar Gilbertsson, Marie Arnet, Mirka Wagner, Éric Huchet, Katia Velletaz, Emilie Renard, Ann Taylor, Tyler Duncan, Gijs Van der Linden, Guy-Etienne Giot et les enfants de la Maîtrise de Perverie de Nante s.

Nantes – Théâtre Graslin, les 22, 24, 26, 28, 30 mai, 3 juin à 20h, le 1er juin à 14h30 - 02 40 69 77 18
Angers – Grand Théâtre : les 13 et 17 juin à 20h, le 15 à 14h30 – 02 41 24 16 40

Photos Jef Rabillon

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