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Critiques / Opéra & Classique

La Fille de Neige de Nicolaï Rimski-Korsakov…

par Caroline Alexander

Triple découverte : une œuvre, une voix, une présence

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Elle est née des amours saisonnières de la Fée Printemps et du Père Hiver. Elle est fragile comme du verre ou comme la fine couche de glace qui immanquablement fondra au soleil.

L’entrée au répertoire de l’Opéra National de Paris d’une œuvre que pratiquement personne n’a jamais vue sur scène et rarement entendue dans son intégralité constitue un événement singulier que Stéphane Lissner, patron de l’institution, vient de relever entre panache et poésie. La Fille de Neige opéra que Rimski-Korsakov mit en musique d’après la pièce d’Alexandre Ostrovski Snegourotchka – Flocon de Neige - vient d’y imprimer les marques de ses campagnes imaginaires et des rituels de son folklore.

Après son Coq d’Or ressuscité récemment à Bruxelles et Nancy (voir WB du 19 décembre 2016), voici donc un autre grand cru Rimski-Korsakov, cette Fleur venue du froid qu’il disait préférer entre toutes. Elle est la princesse d’un conte pour enfants philosophes, pour poètes et musiciens rêveurs tels Tchaïkovski, Rimski-Korsakov et d’autres encore comme Stravinsky. Adoptée par la tribu des Bérendeis où règne un tsar trouvère, son cœur battra au gré du vent tantôt pour Lel, le berger, tantôt pour Mizguir le marchand aimé de Koupava… Quand il s’enflammera pour de vrai, elle y laissera sa vie. Ronde des cœurs, ronde des jours, rites, et rituels de la nature qui reprend ses droits d’épanouissement après sa mise en sommeil hivernale.

Rimski-Korsakov baigne son destin dans une musique qui puise ses racines dans le suc des mythologies russes. Fidèle en cela, aux principes fondateurs du Groupe des Cinq dont il faisait partie avec Borodine, Moussorgski, Balakirev et Cui. Peu d’actions ponctuent le prologue et les quatre actes de sa Fille de Neige, mais nombreuses et charnues sont ses échappées au cœur des légendes rurales. On célèbre, on chante, on danse tandis qu’éclosent les fleurs et que le vert des prés fouette la blancheur hivernale.

On connaît le goût des transpositions du metteur en scène russe Dmitri Tcherniakov, toujours osées, souvent justes, en accord avec les œuvres qu’il décortique, pose sur scène, habille et décore. On retrouve une fois de plus sa patte de chat fureteur capable de se convertir en chat patte de velours. Sa vision du prologue déroute toutefois par son réalisme : un atelier pour cours de danse où Dame Printemps enseigne son art à une troupe d’enfants travestis en oiseaux. C’est clair et net comme de la télé réalité. Le site de la communauté des Bérendeis ne décolle pas encore du naturalisme, avec ses cabanons et caravanes éparpillés dans la forêt et son peuple de hippies à la sauce slave. Mais c’est cette forêt justement qui acte après acte, d’une scène à l’autre, va se mettre à vivre sa vie propre, créer des espaces de mystère où les arbres se mettent à bouger, à danser et tracer des énigmes. La féerie s’est installée à pas menus, elle a pris tout son temps – comme la musique – et a fini par imposer son ailleurs.

Le charme opère, porté par la présence magnétique, le timbre aérien de la jeune soprano Galina Garifullina. Mince, menue, une silhouette d’ado à peine sortie de l’enfance, un jeu tout en émotion et désirs, une voix toute en clarté, précision et luminosité en font une Snegourotchka d’une vraisemblance unique. Une découverte ! Lel, le berger, rôle destiné au départ à une voix de contralto se laisse ici charmer par les aigus veloutés et la dégaine nonchalante du contre-ténor Yurly Mynenko, séducteur emperruqué de longs cheveux blonds. Martina Serafin, présente sur cette même scène en Elsa de Lohengrin (voir WT du 21 janvier 2017) compose une Koupava voluptueuse de corps et de voix. Mizguir, l’autre trop bien-aimé, a la robustesse virile, la franchise de Thomas Johannes Mayer au timbre sans grand éclat.

Des changements de distributions intervenus en cours de répétitions ont amené le ténor Maxime Paster à remplacer Ramon Vargas pour le rôle du tsar Berendeï. On ne s’en plaindra pas. Son personnage déborde d’humour paternaliste et sa voix se fend d’autorité dramatique. Ekaterina Semenchuk devait défendre Dame Printemps dans la première distribution, mais elle a déclaré forfait et c’est Elena Manistina, initialement prévue pour les trois dernières représentations qui hérite de l’ensemble. Elle en fait un personnage d’un seul bloc, sans grandes nuances vocales ou de jeu.

Une fois de plus les chœurs de l’Opéra de Paris sidèrent par leur engagement, leur précision, leur capacité à se fondre d’une langue à l’autre, sur toutes les gammes de toutes les musiques. Tout comme les instrumentistes de son orchestre auxquels le jeune chef Mikhail Tatarnikov communique les saveurs et les couleurs de sa Russie natale.

La fille de Neige – Snegourotchka de Nicolaï Rimski-Korsakov d’après Alexandre Ostrovski, orchestre et chœurs de l’Opéra National de Paris, direction musicale Mikhail Tatarnikov, chef de chœurs José Luis Basso, mise en scène, décors & costumes Dmitri Tcherniakov. Avec Aida Garifullina, Yurly Mynenko, Martina Serafin, Maxim Paster, Thomas Johannes Mayer, Elena Manistina, Vladimir Ognovenko, Franz Hawlata, Vasily Gorshkov, Carole Wilson, Vasily Efimov, Julien Joguet…

Opéra Bastille, les 15, 20, 22, 25, 28 avril & 3 mai à 19h, les 17 et 30 avril à 14h

08 92 89 90 90 - +33 1 71 25 24 23 – www.operadeparis.fr

Photos Opéra national de Paris

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