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Critiques / Théâtre

La Fille à marins de Jérôme Savary

par Gilles Costaz

Pour Nina

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Pour éviter l’expression « fille à matelots », trop connotée, Jérôme Savary invente la « fille à marins », chargeant sa fille Nina d’incarner une créature à cent faces, à travers une série de chansons populaires du passé : l’épouse qui attend son mari au port, la sirène, la séductrice, l’amoureuse, la femme vénale… Ce n’est pas un récital, nous dit le créateur du Grand Magic Circus, mais une vraie pièce. En effet, l’actrice a une grande complicité avec l’accordéoniste, le grand Roland Romanelli, et entame des dialogues avec un vieux loup de mer, Julien Maurel, incarnant un matelot secret et désabusé, qui opère brusquement quelques tours de magie. Mais il faut bien dire qu’il y a peu de textes additionnels, peu de répliques, et que le spectacle est surtout dans les déplacements de Nina allant de cour à jardin et modifiant parfois son apparence, tantôt héroïne de mélodrame, tantôt baigneuse fantasmatique. Jérôme Savary, qui a quand même concocté quelques gags, finit par surgir lui-même ; il change sans doute son texte tous les soirs, égrenant quelques souvenirs, vantant en bon aboyeur les qualités de Nina et de ses partenaires, puis invitant sa fille à chanter, après tant d’air rétros et réalistes, la chanson qu’elle a (volontairement) oubliée : La Mer de Charles Trenet.

Cette histoire approximative progresse à la va comme je te pousse. Mais Nina Savary, quel miracle ! Elle est à la fois la force et la fragilité sous sa beauté rêveuse et dans son attitude réservée, jamais accrocheuse. Dès qu’elle chante, la voix est puissante, placée dans la juste note musicale et dans le registre sentimental ou tragique. La pièce, c’est elle, puisqu’on ne voit qu’elle. Enfant de la balle, elle tient le don de la scène de son père mais elle en est l’inverse : elle n’a rien du bateleur, elle garde une forme de pudeur dans la passion comme dans la polissonnerie et le deuxième degré. Elle est à la fois présente et absente : la dualité des grandes actrices qui, de chair et de mystère faites, deviennent parfois mythiques.

La Fille à marins, spectacle musical écrit et mis en scène par Jérôme Savary, lumières de Pascal Noël, costumes de Michel Dussarat, accompagnements musicaux de Roland Romanelli, son de Virginie Hilaire, avec Nina Savary, Roland Romanelli, Julien Maurel et Jérôme Savary (en « guest »). Théâtre Rive Gauche, 19 h, tél. : 0 899 15 20 00, jusqu’au 30 juin. (Durée : 1 heure).

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