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Critiques / Théâtre

La Femme silencieuse de Monique-Esther Rotenberg

par Gilles Costaz

Stefan Zweig en exil

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On ne compte plus les pièces sur Stefan Zweig ! Ce grand écrivain qui se donna la mort en compagnie de sa seconde femme parce qu’il ne supportait pas une Europe massacrée par le nazisme est sorti d’un long purgatoire. On le réédite, on reconsidère sa vie dans les romans et au théâtre. La pièce de Monique-Esther Rotenberg est doublement originale : elle ne fait pas de cadeaux à l’auteur de Lettre à une inconnue, elle le présente comme un personnage mais vaniteux, sûr de lui, trop sûr de lui dans sa vie intellectuelle comme dans sa vie privée ; elle braque le projecteur sur cette deuxième épouse, non pas jusqu’à sa fin tragique, mais au moment où celle-ci entre dans la vie Zweig et supplante la femme dont il partage l’existence. Nous sommes à Londres, en 1934. Zweig a quitté l’Autriche. Depuis l’Angleterre, il tente de faire entendre une parole généreuse et pro-européenne. Sa femme lui conseille une nouvelle secrétaire. Celle-ci, discrète, secrète, s’avère compétente, rapide, efficace et même critique à l’égard de certains textes du maître. Leur relation se transforme en passion. Tant pis pour l’épouse légitime qui réagit en vain. La « femme silencieuse » devient la seule partenaire de Zweig…
Le texte de Monique-Esther Rotenberg, fort bien documenté, joue beaucoup avec le contraste qui sépare une pensée majeure et une vie quotidienne. Zweig est à la fois le grand Zweig et Zweig le petit. Il s’admire et il n’a que faire du mal qu’il cause à son épouse. Monique-Esther prend ainsi brillamment Zweig au piège de sa vérité et de ses contradictions, dans un dialogue remarquablement formulé. Néanmoins, il y a quelque chose d’un peu trop carré, une netteté qui manque d’arrière-plans dans l’écriture et dans la mise en scène tout à fait précise de Pascal Elso. L’image de ces personnages gagnerait à un peu de tremblé, d’incertain dans la représentation des personnages. Ainsi on a tendance à croire qu’un écrivain écrit plus dans la solitude, dans la recherche personnelle que dans le dialogue haut parlé avec son entourage. Mais tout est fait, exprimé avec un talent évident. Pierre-Arnaud Juin campe fort bien un Stefan Zweig tout à fait proche des portraits qu’on a de lui, pugnace, déchiré, à la fois conscient et inconscient. Annick Cisaruk se charge du difficile rôle de l’épouse trompée avec un plaisant sens théâtral de la contre-attaque. Enfin, dans le rôle d’abord secondaire puis vite central de la « femme silencieuse », Olivia Algazi est étonnante de justesse délicate ; elle est lumineuse dans l’ombre où évolue le personnage qu’elle incarne. Le succès qui entoure déjà ce spectacle est pleinement justifié.

La Femme silencieuse de Monique-Esther Rotenberg, mise en scène de Pascal Elso, décor de Bernard Fau, lumière de Franck Thévenon, costumes de Caroline Martel, son de Karim Lekehal.

Théâtre Actuel, 12h10, tél. : 04 90 82 04 02.

Photo Alejandro Guererro.

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