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Critiques / Théâtre

La Femme rompue de Simone de Beauvoir

par Gilles Costaz

Josiane Balasko tragédienne

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Elle est "rompue", la femme couchée devant nous. Brisée donc, en colère aussi, furieuse après le monde et après elle-même. Seule, un soir de réveillon, elle laisse libre cours à sa rage. Elle n’aime pas les arabes et les nègres, elle n’aime pas cette société qui bouge et ne ressemble plus ce qu’elle avait connu. Ses tragédies personnelles la rendent acide et vengeresse. Elle n’en manque pas, de drames ! Sa fille s’est suicidée, et elle sait qu’elle est pour beaucoup dans cette mort volontaire. Son fils n’est plus avec elle ; elle l’en a pas obtenu la garde. Son mari est parti, et aucun homme ne reste avec elle. La solitude est absolue, et peuplée d’échecs et de sentiments noirs. De ce texte très à part dans son œuvre, Simone de Beauvoir disait : « J’ai choisi un cas extrême : une femme qui se sait responsable du suicide de sa fille et que tout son entourage condamne [...]. Pour récuser le jugement d’autrui, elle enveloppe dans sa haine le monde entier. Je voulais qu’à travers ce plaidoyer truqué le lecteur aperçût son vrai visage. »
C’est une bonne idée d’avoir porté ce monologue au théâtre : il est vif, écrit dans le réalisme cru des années 60, très parlé et non « littéraire ». Hélène Fillières a pensé à Josina Balasko, et c’est aussi une bonne idée. La comédienne a souvent abordé des rôles graves au cinéma, mais, au théâtre, la comédie était son unique domaine (elle avait écrit pour la scène et joué de très belles choses, mais on en était resté à une prestation minimale l’an dernier dans son bien médiocre vaudeville, Un grand moment de solitude). La mise en scène d’Hélène Fillières est rigoureuse : le personnage est couché, cloué par ses déchirures intimes et son refus de la vie ; il ne bougera pas du lit, s’assiéra, mais ne quittera pas ce point central, sorte de radeau orange où a échoué et se débat une femme abandonnée à elle-même dans ce qui ressemble à un pyjama. La musique de Mako, qui ne surgit qu’en intermèdes, gronde plus que l’actrice. Bannissant la solution d’un style violent, Josiane Balasko exprime ce long cri dans la sobriété, tempère les éclats de sa voix, limite les gestes de la tristesse et de la nervosité. Elle tourne souvent le dos, lançant les mots vers le mur du fond – ce qui n’est pas facile et qu’elle effectue très bien, dans cette salle des Bouffes du Nord où l’acoustique n’est pas fameuse. Balasko caresse la douleur du personnage en allant du côté de la dépression et de la désespérance. C’est un moment modeste, pas un grand événement, mais une prestation réussie, un instant de vérité, d’authenticité, de jeu profond loin des facilités.

La Femme rompue d’après Monologue de La Femme rompue de Simone de Beauvoir, mise en scène d’Hélène Fillières, lumières d’Eric Soyer, costumes de Laurence Struz, scénographie de Jérémy Streliski, création musicale de Mako, avec Josiane Balasko.

Bouffes du Nord, 19 h du mardi au vendredi, et le samedi 31 décembre (dernière à Paris), tél. : 01 46 07 34 50.
En tournée : 6 janvier 2017
Théâtre du Grand Forum – Scène Nationale Evreux Louviers, Louviers
10 janvier 2017
Théâtre Forum Meyrin, Genève, Suisse
13 et 14 janvier 2017
Palais des Beaux-Arts de Charleroi, Belgique
17 janvier 2017
Quai des Arts, Argentan
18 janvier 2017
Le Carré, Château-Gontier
19 janvier 2017
Théâtre Charles Dullin, Grand-Quevilly
20 janvier 2017
Le Rayon vert, Saint-Valéry-en-Caux
27 et 28 janvier 2017
Théâtre de Grasse
29 janvier 2017
Théâtre d’Arles
30 janvier 2017
Théâtre Jacques Cœur, Lattes
3 et 4 février 2017
Le Parvis – Scène Nationale Tarbes Pyrénées
7 février 2017
Espace Jean Legendre, Compiègne
8 février 2017
La Faïencerie, Creil
9 février 2017
Théâtre d’Auxerre
11 février 2017
L’Ermitage Compostelle, Le Bouscat
12 février 2017
Théâtre Olympia, Arcachon
14 février 2017
Le CREA, Saint-Georges-de-Didonne
15 et 16 février 2017
Le Moulin du Roc, Niort
22 et 23 février 2017
Théâtre Montansier, Versailles
1er au 4 mars 2017
Comédie de Picardie, Amiens
6 et 7 mars 2017
Théâtre Edwige Feuillère, Vesoul
8 mars 2017
Le Théâtre Scène nationale, Mâcon
16 au 19 mars 2017
Châteauvallon – Scène nationale
21 mars 2017
Théâtre de Bastia
22 mars 2017
Espace Diamant, Ajaccio
24 et 25 mars 2017
Théâtre d’Angoulême
28 mars au 1er avril 2017
Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
2 avril 2017
Animatis, Issoire.
(Durée : 1 h 10).

Photo DR.

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