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Critiques / Théâtre

La Fable du fils substitué de Luigi Pirandello

par Dominique Darzacq

Deux ou trois choses de l’illusion et du théâtre

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Il en fit d’abord une nouvelle, Le Fils échangé, puis un livret d’opéra qui déplut à l’Allemagne nazie, il la glissa dans son œuvre ultime et inachevée :Les Géants de la montagne, la fable populaire qui raconte l’histoire d’une mère qui ne peut se résoudre à avoir un enfant laid et se convainc qu’il y a eu substitution à la naissance, n’a jamais cessé d’occuper l’esprit de Pirandello. Sa trame en effet est un excellent carburant pour qui, comme le dramaturge italien, ne cesse de s’interroger sur l’ambiguïté de la réalité et de la vérité, creuse de pièce en pièce, les méandres et les abîmes de l’âme humaine, met en scène des personnages, qui, face à « la fort triste bouffonnerie » qu’est la vie, se réfugient dans « le vital mensonge »

Ombre et lumière
Oui, elle y croit dur comme fer, le clame en hurlant sa douleur, ce garçon débile et contrefait n’a pas été trouvé, mais jeté sous son lit par des sorcières qui lui ont ravi le sien, enfant blond « beau et rose comme ceux en cire dans les crèches de Noël ». Elle y croit d’autant plus que la pythie du pays, l’entretient dans sa folle illusion en lui donnant des nouvelles de ce fils enlevé, affirmant qu’il est comblé et heureux, et le sera d’autant plus si elle traite avec affection celui que les sorcières lui ont laissé.
Aussi, lorsqu’un navire accoste au port, avec à son bord un jeune prince venu chercher un regain de santé au soleil, elle est certaine que son fils est revenu.
Puisque tout est permis dans les contes et que Pirandello ne se prive pas de mélanger les formes et les atmosphères, Nada Strancar, qui met en scène la pièce, le prend au mot et multiplie les variations, du drame paysan à la comédie de genre, de la fantaisie à l’onirisme, joue des effets de rideaux comme autant de voiles s’ouvrant de scène en scène sur de nouveaux vertiges, file parfois vers ces zones limites où se brouillent les frontières entre le sabbat des sorcières et les transes de la folie.
Au fil de l’histoire, sourdent des univers saisissants, sortis du pinceau de Goya, de Chardin, de Munch, la scène du cabaret nous trouve du côté des nouvelles réalités d’un Hopper et l’arrivée du prince avec ses mâts dansant sur fond de ciel bleu, convoque l’idée des enluminures des contes pour enfants. Autant d’étapes pour passer de l’ombre à la lumière, de l’épouvante à l’incertain happy end. Mais, comme le dit un des personnages, « Rien n’est vrai et tout peut être vrai, il suffit de le croire un moment ».
Autour d’Anne Benoît, mère déboussolée, les jeunes acteurs de la troupe du TNP, un peu tendus le soir de la première, passant d’un rôle à l’autre, incarnent « toute la foule qu’il faut » pour donner vie à une fable, laquelle au bout du... conte est un bel hommage au théâtre. On ne pouvait faire meilleur choix pour inaugurer ce qu’à Villeurbanne on appelle déjà « le petit TNP ».

Le petit Théâtre Jean Bouise
Dans le chantier de rénovation du TNP engagée depuis plus d’un an, ce nouveau théâtre est une étape significative des visées d’un théâtre de service public tel que le conçoit son directeur Christian Schiaretti.
Destiné à la programmation de séries plus longues, à terme relié au grand théâtre par un souterrain, cet ensemble comprend une salle modulable de 250 places, deux salles de répétitions, une zone de stockage de costumes contiguë aux ateliers de couture, de teinturerie, et de la buanderie.
La rénovation, en cours, du grand théâtre portera essentiellement sur l’outil scénique, qu’il convient d’adapter aux contraintes et aux évolutions de la création, la réalisation de deux autres salles de répétitions et d’un cabaret de 300 places ouvert à tous y compris ceux qui ne vont pas au théâtre.
Pour Christian Schiaretti, qui avait lié la question des travaux à sa nomination en 2000, il s’agit de faire du TNP une ruche où se décline un répertoire, en même temps qu’une fabrique où cohabitent tous les métiers du théâtre et une troupe permanente de trente acteurs. Qu’il ne soit pas un édifice de plus, mais une maison de vie intense ou « il y a toujours de la lumière » aussi bien pour le public qui doit pouvoir y être accueilli à tous moments, que pour les artistes « qui ont besoin de s’entraîner, d’élaborer et même de produire à perte ».
En donnant à cette nouvelle salle le nom de Jean Bouise, haute figure du cinéma mais qui dans l’aventure théâtrale lyonnaise, fut à Roger Planchon ce que Louis Jouvet fut à Jacques Copeau, Christian Shiaretti signifie que le TNP revendique son histoire en même temps qu’il s’inscrit dans l’avenir.

La Fable du fils substitué de Luigi Pirandello. Mise en scène Nada Strancar, 1h35. Avec Anne Benoît, Laurence Besson, Sébastien Coulombel, Thomas Fitterer, Julien Gauthier, Juliette Rizoud, Clara Simpson, Clémentine Verdier.
Salle Jean Bouise TNP Villeurbanne jusqu’au 1er novembre tel 04 78 03 30 00.

crédit photographique. C. GANET

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