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Critiques / Théâtre

La Double Inconstance de Marivaux

par Gilles Costaz

Vérités et mensonges

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Un prince s’éprend d’une jolie « prolétaire », Silvia, qui est liée d’amour avec un homme de sa classe, Arlequin. Il la détourne de sa voie, et c’est comme un jeu de quilles qui s’écroule. Qui mène le jeu ? Qui manipule qui ? Comment se sortir des pièges des sentiments et des stratégies. « Ne savez-vous pas que le rien détermine ici l’esprit de tous les mortels ; que c’est lui qui détruit les amitiés les plus fortes, qui finit les amours les plus tendres, qui les fait naître tour à tour ; que c’est le rien qui élève celui-ci, pendant qu’il ruine la fortune de celui-là » : ainsi s’exprime Marivaux, et René Loyon a mis en exergue cet extrait pour donner le ton de sa mise en scène.
Voilà une pièce que l’on vient de voir à la Comédie-Française dans une brillante mise en scène d’Anne Kessler, et que l’on redécouvre sous un tout autre aspect à l’Atalante. Point de costumes d’époque, mais les parures sans éclat d’aujourd’hui. Point de faste, mais un canapé, et des allées et venues dans des coulisses qu’on ne voit pas. C’est le style de René Loyon, qui reprend les classiques (et parfois les modernes) sans moyens, dans la simplicité, presque l’austérité, et travaille en gros plans. Lui développe plus la sincérité de l’amour que le mensonge de l’amour. Il donne à de jeunes comédiens, Cléo-Ayasse-Sénia, Augustin Passard, l’occasion de travailler au cœur de la sensibilité. Toute la troupe, Jacques Brücher, François Cognard,Marie Delmarès, Hugo Seksig et Natacha Steck, joue dans un feutré intense où se déploie les cartes de la vérité et du calcul. Un Marivaux d’une grande justesse, à ajouter à la liste des réussites de la compagnie de René Loyon, d’une si grande acuité dans les marges de notre théâtre français.

La Double Inconstance de Marivaux, mise en scène de René Loyon, dramaturgie de Laurence Campet, décor de Nicolas Sire, costumes de Nathalie Martella, lumières de Laurent Castaingt, avecCléo Ayasse-Sénia, Jacques Brücher, François Cognard,Marie Delmarès, Augustin Passard,Hugo Seksig et Natacha Steck.

Théâtre de l’Epée de bois, Cartoucherie de Vincennes, tél. : 01 48 08 39 74, jusqu’au 24 décembre.

(Durée : 2 h).
Photo Laurencine Lot.

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